“Williamsburgexit”: Partir ou rester ? Les Français de Williamsburg s’interrogent

Crédits photo : Christophe Postlewaite

Disquaires, boutique vintage, restaurants aux façades de lierre grimpant… Bienvenue à Williamsburg. Impossible de ne pas entendre parler français dans le coin. Depuis quelques années, le quartier est devenu la terre d’accueil des Français et de commerces tricolores qui régalent ceux qui ont le mal du pays.

Jusqu’ici tout va bien, mais cela va-t-il continuer ? Fin octobre, la MTA, gestionnaire des transports publics new-yorkais, a annoncé que le tant redouté “L-Mageddon”, soit la fermeture de la ligne L, commencera le samedi 27 avril 2019. L’enfer devrait durer jusqu’à juillet 2020. De la station Bedford Avenue jusqu’au terminus de la ligne à 8th Avenue, le tunnel subira une importante rénovation suite aux dégâts causés par l’ouragan Sandy en octobre 2012.

La nouvelle de la fermeture de la ligne L, qui transporte 225.000 personnes par jour, a fait l’effet d’une bombe. Selon Patrick Ben Hayoun, agent immobilier francophone à Corcoran,  les ventes d’appartements ont chuté de 11% à Williamsburg et Greenpoint. Les prix des locations sont redescendus aux niveaux de 2015, c’est-à-dire 250$ de moins. Les locataires se voient offrir des rabais sur les loyers mensuels et certains offrent même plusieurs mois gratuits. Selon le site immobilier Street Easy, le 44 Berry Street a connu la plus grosse baisse de loyers : environ 448$ de moins par logement. Avis aux amateurs.

Partir ou rester, les Français du quartier sont partagés. “J’ai décidé de rester et de voir ce qui va se mettre en place. A priori, on utilisera le ferry pour Manhattan ou la navette mise en place pour notre bâtiment pour nous emmener aux autres lignes comme la J,M ou Z”, explique Denis Charrier, ingénieur chez Spotify dont les locaux se situent à côté de Flatiron. “Ca risque d’être pénible le matin, mais pour nous, quitter le quartier n’était pas une solution”, explique pour sa part Emilie Lorieul, une autre Française du coin qui travaille pour le réseau d’entrepreneurs français FrenchFounders.

Le “Williamsburgexit” est perçu comme une bonne chose pour beaucoup de Français installés dans le quartier. “Il y aura plus de locaux, moins de touristes”, positive Vanessa Paterna, qui habite sur place depuis juin 2017. Malgré l’affluence sur cette ligne, les solutions semblent nombreuses. “Je compte utiliser mon vélo pour rejoindre une autre ligne de métro et peut-être instaurer deux jours par semaine de télé-travail”, déclare Antoine Bétrémieux, qui a emménagé en août.

D’autres décident de ne pas prendre de risques. “J’adorais Williamsburg mais la L était déjà pleine tous les matins. Je n’imagine même pas ce que ça donnera à sa fermeture. Je reste à Brooklyn mais j’ai déménagé un peu plus bas sur la ligne G, ce qui me permet de passer par Queens pour arriver à Manhattan”, raconte Théophile Corda, chef de projet chez IWD, société de logiciels de merchandising.

Pour Jacques Dahan, président de Manufacture Cluizel USA, cette localisation n’a jamais été idéale. En effet, les commerçants subissent déjà leurs loyers onéreux. Ils se demandent si cela vaudra toujours la peine de rester après l’interruption du service. “On fait toujours un pari sur l’avenir”. La chocolaterie familiale française s’est installée à Williamsburg il y a un an-et-demi et le président est déjà déçu de l’emplacement. “Les loyers sont hors de prix pour une boutique vide toute la semaine car les gens vont à Manhattan. Avec la fermeture de la ligne L et la baisse des prix, peut-être qu’ils seront amenés à rester plus sur Brooklyn”, suppose-t-il.

Williamsburg va-t-il rester prisé des Français ? Certains sont confiants. “Je pense que le quartier va devenir encore plus populaire ces prochaines années. Ca va affecter une partie des Français, mais il y a d’autres options pour venir. Beaucoup de gens traversent le pont à pied pour venir dans notre restaurant”, raconte Samia Behaya, propriétaire du café-restaurant SIMPLE et du restaurant DJENNA à Williamsburg.

“Les Français vont continuer d’être à Williamsburg, affirme pour sa part Patrick Ben Hayoun. C‘est le nouveau “Downtown”.