Pourquoi vaccine-t-on les enfants contre la varicelle aux USA?

Vacciner tous les enfants pour la varicelle ? En France, on n’y pense pas. « La vaccination généralisée contre la varicelle des enfants n’est pas recommandée, dans une perspective de santé publique », peut-on lire sur un document officiel du ministère de la Santé. Le vaccin, disponible en France depuis 2004, n’est conseillé que dans quelques cas particuliers (les femmes enceintes n’ayant pas eu la varicelle, par exemple).

La situation est différente aux États-Unis, où le vaccin contre la varicelle (chickenpox en anglais), disponible depuis 1996, est systématique pour les enfants à l’âge d’un an. Actuellement, tous les enfants fréquentant une école ou une crèche doivent obligatoirement être vaccinés contre la varicelle (sauf dans l’Ohio et le Dakota du Sud).

Pourquoi cette différence ? Aux États-Unis, on considère qu’il est préférable de vacciner plutôt que de gérer des complications, même rares. En outre, le discours sur la varicelle est bien plus alarmiste qu’en France.

Le CDC (Center for Desease Control) met en avant les dangers et les complications parfois sérieuses de cette maladie. « La varicelle peut être une maladie légère, mais ce n’est pas toujours le cas. Il n’y a aucun moyen de savoir qui aura la varicelle de façon légère, et qui sera très malade », explique le CDC sur son site.

Alain Le Guillou, pédiatre à Larchmont, au nord de New York, confirme : il ne faut pas plaisanter avec la varicelle. “Je suis arrivé ici en 1990, et avant la vaccination, j’ai vu des complications infectieuses et neurologiques de la varicelle désastreuses, des streptocoques, des abcès, des ataxies chez une demi-douzaine d’enfants. Certains se sont retrouvés en soins intensifs, avec des antibiotiques en intra-veineuse. La vaccination, c’est une bonne chose, je le recommande sans état d’âmes.”

Un vaccin efficace

Depuis sa généralisation aux Etats-Unis, le vaccin contre la varicelle a été efficace. Il a réduit le nombre de décès et de cas problématiques, tandis que l’incidence globale de la maladie a diminué dans tout le pays.

Ainsi, avant 1995, 4 millions de personnes contractaient la varicelle chaque année aux États-Unis. Environ 10 600 personnes (soit 0,2%) devaient être hospitalisées, et 100 en mouraient, dont la moitié étaient des enfants. Aujourd’hui, la varicelle fait 20 morts par an aux Etats-Unis, et 1 700 personnes sont hospitalisées chaque année pour cette raison.

Transfert vers des sujets plus âgés

Pourquoi la France ne suit-elle pas ce chemin, alors ? La varicelle y est considérée dans l’opinion publique et par les médecins comme une maladie avant tout bénigne, lorsqu’elle arrive pendant l’enfance.

Mais la principale inquiétude soulevée par les autorités sanitaires françaises est celle-ci : le transfert de la maladie chez des sujets plus âgés, à partir du moment où la “couverture vaccinale” (c’est à dire la proportion de gens vaccinés) n’atteint pas au moins 90%. Un objectif très difficile à atteindre en France, où les obligations en termes de vaccination sont moins étendues qu’aux Etats-Unis.

“On lutte déjà depuis 30 ans pour imposer le vaccin contre la rougeole, alors en imaginant que ce vaccin contre la varicelle soit demandé, on n’arriverait jamais à atteindre un taux de couverture suffisant. Surtout pour une maladie perçue comme bénigne. Si on avait la certitude d’avoir une couverture comme celle qu’ont les Etats-Unis, le débat serait différent”, estime le professeur Daniel Floret, pédiatre, ancien président du Comité Technique des Vaccinations.

Pourquoi ce transfert vers des adultes ? Si on vaccine les enfants, le virus circule moins. Mais il continue quand même de circuler. L’exposition au virus est de plus en plus rare, et les personnes non vaccinées sont plus à même d’attraper la varicelle à un âge adulte, avec des complications potentiellement plus dangereuses. Le taux de complications chez les adultes est le double de celui observé chez les moins de 15 ans (respectivement 6 % et 3 %). “Pour des couvertures vaccinales qui ne dépasseraient pas 80 à 90 % de la population, le nombre de cas graves chez l’adulte serait supérieur à celui observé en l’absence de vaccination”, indique un rapport du Haut Conseil pour la Santé Publique sur ce sujet, qui date de 2007.

Autre question : la persistance de l’immunisation chez les vaccinés sur le long-terme. Une étude a été menée en Californie après la généralisation du vaccin : elle a constaté que des enfants vaccinés ont continué de contracter la varicelle, non pas vers 3 ans, mais plus tard, vers 9-10 ans – sous une forme atténuée toutefois.

C’est ce qui explique l’instauration, en 2006, de nouvelles règles, rendant obligatoire l’administration d’une deuxième dose vers 4-6 ans, et augmentant l’efficacité du vaccin sur le long terme. Au bout de 10 ans, l’efficacité d’un vaccin à deux doses est de 98%. Mais qu’en sera-t-il ensuite ? En France, on s’interroge. “On ne sait pas du tout si le vaccin sera efficace au bout de 30 ou 40 ans”, affirme Daniel Floret.

Davantage de cas de zona ? 

Autre sujet d’interrogations : le zona. En vaccinant contre la varicelle, on réduit le nombre de contacts potentiels avec ce virus, qui sont à chaque fois autant de manière de réactiver les défenses que l’on a acquises. Ce sont ces mêmes défenses qui nous permettent de lutter contre le zona, cousin de la varicelle.

Une étude réalisée dans le Massachusetts, après l’instauration de la vaccination, “montre qu’entre 1999 et 2003, l’incidence du zona est passée de 2,77 à 5,27/10 000, soit une augmentation de 90 %”, rappelle le Haut Conseil pour la Santé publique, toujours dans son avis de 2007. Les adultes vivant au contact d’enfants et fréquemment soumis à des contacts avec le virus sauvage de la varicelle ont un risque diminué de présenter un zona (..) Ces premières données vont dans le sens des craintes de voir augmenter l’incidence du zona en situation de couverture vaccinale élevée contre la varicelle.”

Les autorités sanitaires françaises ne sont pas les seules à s’opposer à la vaccination systématique contre la varicelle. Aux Etats-Unis, certains parents se liguent pour éviter à leurs enfants d’être vaccinés… en organisant des effrayantes « chickenpox parties ». Sur Facebook, on peut trouver des pages dédiées à des fêtes, où l’objectif est de permettre à certains participants d’attraper la varicelle, en partageant des objets infectés ou en étant en contact avec des enfants malades. Qui veut lécher cette cuillère  ?