“Garden Party”, des étudiants français dans la course aux Oscars

Bouilles enchantées, anglais approximatif mais assurément “cute”, et surtout une passion chevillée… Débutants dans l’arène hollywoodienne, les jeunes diplômés Victor Claire, Théophile Dufresnes et Gabriel Grapperon étaient en pleine promotion pour leur court-métrage à Los Angeles en octobre.

“Garden Party”, projet de fin d’année qui leur a assuré une mention “très bien” à l’école du film d’animation de l’image de synthèse d’Arles (Mopa), a été pré-sélectionné pour les Oscars. “Un fait rare pour des étudiants français”, fait remarquer Benoît Berthe, un ancien étudiant de l’école et PDG de The animation Showcase (Londres), qui assure leur promotion bénévolement “par conviction dans le projet”.

Avec leurs camarades Florian Babikian, Vincent Bayoux et Lucas Navarro (restés à Paris), les étudiants ont écrit, réalisé et monté ce film muet durant dix mois. “Garden Party” suit les aventures de crapauds et grenouilles qui se baladent dans une maison de luxe abandonnée, poussés par leurs instincts. “Son architecture fait penser à celles de Beverly Hills”, fait remarquer Théophile Dufresnes.

Leurs références se basent davantage sur les documentaires, et surtout le film d’animation “Minuscule” d’Hélène Giraud et Thomas Szabo. “Nous avons tous un affect pour les images hyper réalistes et le monde animalier”, assure Victor Claire. Ils se sont documentés pour atteindre leur objectif, adoptant même des crapauds comme animaux de compagnie.

Comme ils ne voulaient pas d’un film enfantin, ils ont ajouté un “côté sombre”, voire “hitchcockien”, à cette quiétude animale. “On mélange l’univers du polar et celui de l’innocence animale”, défendent les trois garçons.

Leur film d’animation a fait un bout de chemin, les Français ayant déjà décroché 150 nominations et une trentaine de prix, dont celui du GLAS Animation Festival, le Graal de la profession. Mais, c’est la récompense au festival de Nashville qui leur a permis d’obtenir la pré-nomination aux Oscars. “On a mis du temps à réaliser ce qui nous arrivait”, résume Gabriel Grapperon.

Pour assurer leur campagne à Hollywood, les étudiants ont récolté des fonds via une campagne de crowfunding. “Il est important de faire campagne pour la “short list” (dévoilée fin novembre) car il y a 70 films en compétition pour l’animation. D’habitude, seuls les professionnels le font”, raconte Benoit Berthe. Durant plusieurs jours fin octobre, ils ont organisé des projections à New York et Los Angeles, allant à la rencontre des votants de cette catégorie. Ils en ont également profité pour visiter les studios Dreamworks et Pixar, assurant travailler sur leur “reconversion professionnelle”.

Portant à bout de bras “Garden Party”, la jeune équipe planche déjà sur un prochain court-métrage, cette fois avec des pingouins. Mais avant de se rendre au Pôle nord pour se documenter, les amis croisent les doigts pour la nomination, puis les Oscars en février. Et Benoît Berthe de les encourager : “quand je fais des projections de films d’animation en compétition, les gens me parlent toujours des amphibiens. Je crois en leur chance d’être nominés.”