Diego Rivera et ses murs de l’indignation

1931-2011: quatre-vingt années séparent les deux expositions de Diego Rivera au MoMA et pourtant l’œuvre du muraliste n’a jamais semblé plus contemporaine. En 1931, au cœur de la Grande Dépression, Rivera est invité à présenter les murals qui ont fait sa réputation. Les œuvres qu’il réalise pour l’occasion dans le studio que lui a alloué le MoMA (ses murals sont originellement des fresques monumentales peintes sur les murs et donc intransportables) sont autant de manifestes politiques et de dénonciations d’un système économique défaillant à ses yeux. A travers le portrait de Zapata ou de New Yorkais, Rivera partage sa consternation face à un système économique qui broie les plus faibles et raconte l’espoir qu’il place dans la Révolution représentée par le zapatisme. Outre ses qualités artistiques, son travail se singularise ainsi par son engagement politique, marqué par sa proximité avec l’extrême gauche et le gouvernement post-révolutionnaire mexicain qu’il soutient à travers la production de fresques monumentales.

Pour l’exposition de 1931, l’artiste produit cinq murals portatives auxquels s’ajouteront trois autres peintures. Ce sont ces peintures qui sont aujourd’hui de nouveau proposées au public. Parmi elles, on peut admirer l’une de ses fresques les plus connues, La Révolution agraire, Zapata, critique très ferme de l’inégalité du système mexicain de répartition agraire. Cette toile est aujourd’hui l’une des pièces maitresses de la nouvelle exposition. Mais il s’attaque également à la situation économique américaine à laquelle il consacre trois peintures. Dans l’une d’elles, intitulée Frozen Assets (photo), il n’hésite pas à confronter la vie réelle des New Yorkais pendant la Grande Dépression avec la Skyline de Manhattan alors en expansion et semblant écraser des Hommes pris en étau. Cette rétrospective s’accompagne d’ébauches, de dessins grand format, de travaux ultérieurs liés à son mural réalisé pour le Rockefeller Center et d’autres peintures de moindre ampleur qui offrent une vision de l’intégralité de sa carrière ainsi que de ses influences politiques et artistiques.

L’influence de son expérience européenne, qu’elle soit politique ou artistique, est visible dans son travail. Artiste précoce, Rivera s’est perfectionné au contact des avant-gardistes lors d’un long séjour en Europe entre 1907 et 1919. Après un passage en Italie où il a découvert Giotto, un séjour à Madrid et Barcelone, un retour rapide à Mexico pour une exposition, un départ précipité à cause de la guerre civile, il s’est installé et a travaillé à Paris parmi les peintres de Montparnasse. C’est à son retour au Mexique, en 1920, qu’il s’est tourné plus profondément vers l’histoire nationale et s’est intéressé au mouvement zapatiste qu’il glorifie dans ses murales. Son parcours personnel l’a aussi conduit en URSS où il a tissé des liens intellectuels avec le leader Léon Trotsky qui trouvera plus tard refuge dans sa maison de Mexico.

Infos pratiques :

Diego Rivera: Murals for The Museum of Modern Art – du 13 novembre 2011 au 14 mai 2012 au deuxième étage du MoMA. Accès, horaires et lien vers le site de l’exposition.

Photo: « Frozen Assets »

Commentaires

  • Anne

    Quand l’art trancende les idéaux et les grave sur les murs de la ville et la vie pour écrire une page d’histoire…! L’art est libre…