Au milieu des costumes tyroliens, la France défile sur la 5e Avenue


On a perdu le Lycée français“. Au coin de la 68e et Park Avenue, le contingent français prend forme, non sans quelques flottements. Pas de temps à perdre pourtant: dans quelques minutes, il gagnera la 5e avenue, où l’attendent des milliers de curieux.

On lui excusera ce temps de rodage: c’est la première fois que la communauté française défile à New York. Associations, écoles et officiels étaient invités samedi à prendre part à la 56e Steuben Parade allemande, qui rassemble chaque année les associations germaniques des Etats-Unis pour un grand défilé sur l’avenue mythique. Une participation française sans précédent, qui s’inscrit dans le cadre des festivités autour de cinquantenaire du traité de l’Elysée, qui scella l’amitié franco-allemande.

Derrière une longue bannière du Comité des Associations Françaises (CAF), nos Gaulois new-yorkais n’ont pas ménagé leur peine pour cette grande première. Ils se sont munis de drapeaux français et allemands, et même de costumes régionaux. A l’instar de Miss Alsace 2010, Mathilde Buecher, venue de France avec un collègue de la Maison d’Alsace de Paris battre le pavé new-yorkais dans une robe de la Maison Bossert de Strasbourg. “C’est un honneur de représenter la région à New York. C’est incroyable“, glisse-t-elle entre deux photos avec des fans, avant de rejoindre le groupe de l’Union alsacienne, dûment équipé de coiffes noires traditionnelles, de drapeaux alsaciens et d’une cigogne en peluche.

Alain Leclerc, musicien breton, arbore fièrement un gilet noir de Concarneau, tissé de motifs floraux. Quinze reproductions de ce vêtement datant de la fin du XIXe siècle ont été acheminées à New York pour habiller les membres de l’association des Bretons de New York, BZH.De quoi faire sensation dans le métro. “Les gens nous demandent d’où on vient, qui nous sommes, raconte-t-il. New York est la ville la plus connue au monde. On ne peut pas imaginer ce que c’est de défiler sur la 5e avenue. C’est comme un ovni.

Ségolène Royal participe

Le défilé s’est étiré de la 68e à la 86e rue, passant devant le Consulat de France et les Services culturels de l’Ambassade. Quelques drapeaux français miniatures garnissaient les barrières placées le long de l’avenue. L’Ambassadeur de France aux Etats-Unis François Delattre, le consul de France à New York Bertrand Lortholary et leurs homologues allemands ont ouvert le cortège, composé pêle-mêle de blondes sexy sur des chars affrétés par des marques de bière, de danseurs en costume tyrolien et de Volkswagen. Le tout sur fond de rap allemand et de musique traditionnelle. Ségolène Royal, en lunettes de soleil et veste orange, et l’ancien ministre de l’agriculture – germanophone – Bruno Lemaire ont également mis leurs chaussures de marche. “C’est magique de défiler sur la 5e Avenue. C’est un mélange de simplicité et de folklore, glisse Ségolène Royal, venue à New York promouvoir le projet de voyage transatlantique de l’Hermione, réplique du navire de Lafayette, actuellement amarré dans sa région de Poitou-Charentes. “Il est important de soutenir toutes les manifestations d’amitié franco-allemande partout dans le monde, surtout aujourd’hui“.

Un projet de parade française

Derrière les “Wild Dancers” allemands, parés de cuir noir et de plumes vertes, deux chars “franco-allemands” ont lentement fait leur chemin, décorés de répliques en carton de la Tour Eiffel, de la Porte de Brandebourg, d’un avion d’Airbus et de personnages historiques, dont le Marquis de Lafayette et le Baron von Steuben, un officier prussien qui participa à la guerre d’indépendance américaine. Une Smart, réalisation franco-allemande, figurait aussi dans le cortège. Les Bretons, eux, avaient pris soin de venir avec des cornemuses pour assurer l’ambiance musicale.

Le chef Claude Godard, de l’association des Maîtres cuisiniers de France, n’en revient pas. “On a l’impression d’être sur les Champs-Elysées, c’est magnifique“.

Ca fait pas mal de marche“, confie François Delattre, en quittant la manifestation pour prendre l’avion. “C’est le symbole de la France qui s’organise à New York, en partenariat avec nos amis allemands. La foule est impressionnante, intriguée par la présence française. C’est une manière de faire connaître l’amitié franco-allemande et le traité de l’Elysée.

C’est un petit peu dommage qu’on ne soit pas plus nombreux, regrette Dominique Payraudeau, membre de la Société culinaire philanthropique. Les Français ne sont pas habitués à défiler. Si on le refait, il y aura sans doute beaucoup plus de monde.” Le refaire, le président du Comité des Associations françaises Gérard Epelbaum y compte bien. “On va travailler sérieusement à lancer notre propre parade, dit-il. Il n’y a pas de raison pour que la communauté française n’ait pas sa place sur la 5e avenue, ou la 6e, dans la mosaïque de New York“.

Crédit photo: Alexis Buisson