Pourquoi j’ai peur de rentrer en France

A propos de l'auteur

 

Nicolas Serres Cousiné, le life coach des français aux Etats-Unis.


Le site de Nicolas Serres Cousiné 


Note: Certains éléments de cette chronique ont été modifiés de manière à préserver l’anonymat du client de Nicolas Serres Cousiné.

« Filez-moi un coup de pied aux fesses ! »La vie de Joséphine à New York se lit comme un roman d’aventures.

Du suspense, des drames, de l’espoir, des désillusions, des rebondissements de toutes sortes et une fin qui se finit bien. De petits boulots en petits boulots, celle qui se considère «une immigrée française de première génération» a gravi tous les échelons pour se retrouver à un niveau social qu’elle n’aurait pas imaginé avant son départ pour les États-Unis.

Directrice de casting dans la pub et le cinéma, la cinquantaine en fleurs, mariée à un Américain qu’elle adore et maman de trois enfants adultes«plutôt adorables», elle vient me voir alors que sa petite dernière vient de s’envoler du cocon familial. Un choc émotionnel qui l’a fait réfléchir. Elle ne veut pas se plaindre, «ma vie est top», pourtant je la sens anxieuse, presque tourmentée. «Á 52 ans, je suis encore jeune et jai envie dautre chose que New York qui ma tout donné. Hélas, je ne sais pas àquoi ressemble ma prochaine étape. Je compte sur vous pour me secouer et me dire où aller ».

Avant de clôturer notre séance monologue, je lui précise qu’un coach est tout sauf un conseiller. J’écoute ce que l’on me dit, et surtout ce que l’on ne me dit pas, je questionne, je fouille, avec un but unique dans l’esprit, vous aider à trouver la solution qui est en vous. Je ne dis surtout pas ce que je pense (même si cela parfois me démange). «Oui, je men doutais, Nicolas. Quoi quil en soit, cela ma fait du bien davoir été écoutée et entendu. Je me sens si seule dans mon dilemme». Á la semaine prochaine, Joséphine.

Les orteils gigotant dans l’herbe grasse de Central Park, Joséphine attend que je lui pose ma première question. Je ne me fais pas prier et lui demande quelles sont ses priorités dans la vie. Sa réponse ne me surprend guère : «mes enfants et mon mari». Et vous là-dedans ? Elle me fixe d’un air étonné. Comment peut-elle trouver une solution à son problème si elle ne se met pas en avant ? Elle devra répondre àmes prochaines questions en ne pensant qu’à elle.

Elle promet de s’y tenir. «Si je mautorise à visualiser la prochaine étape de ma vie, cest dans une maison en pierres, au calme, près de la mer, un peu de travail et beaucoup de farniente la journée, barbecue le soir, bons vins, parties de cartes et discussions àrefaire le monde avec mes vieux amis ». Malgré un rire franc, sa confession lui fait un peu honte, «une vraie vie de beauf retraitée !»

Je la pousse àvider son sac, elle doit apprendre às’accepter. Quoi d’autre ? «Mon histoire avec New York est finie. Vivre à cent à lheure, c’était génial, jai adoré mais jai changé. Je ne veux plus jamais entendre, venant de ma bouche ou de celles des autres, ces quatre mots infernaux, «I am soooo busy ». Je veux vivre libre et avec du temps devant moi ».

Elle sourit, elle chantonne même un refrain àla mode, ça lui fait un bien fou de dire tout haut ce dont elle rêve tout bas depuis si longtemps. Dans une relation de coaching, penser égoïste est primordial. Moi, moi, moi et encore moi. Joséphine a compris cela, je suis ravi, nous pouvons passer àla prochaine étape.

Partir de New York, est-ce un souhait réaliste ? «Oui, mais cela me fait peur». Déjà un mois que l’on travaille ensemble et j’ai l’impression de retrouver la Joséphine du début, en plein monologue, oùchaque question reste non seulement sans réponse, mais en provoque une nouvelle encore plus évasive que la précédente. «Tout quitter avec mon mari, loin de mes enfants chéris qui sont devenus des New-Yorkais àpart entière ? Se réinventer professionnellement au risque de perdre tout ce que jai acquis àla sueur de mon front ? Vivre en Nouvelle-Zélande ou en Australie? Oui, mais est-ce que nous nallons pas nous sentir isolés ? Vivre à Vancouver ? Oui, mais il pleut beaucoup là-bas».

Stop ! Joséphine me fatigue et je ne rentrerai pas dans son jeu. Y a-t-il un vrai frein qui vous empêche de changer votre vie ? «Non», alors arrêtez de vous inventer de fausses excuses pour ne pas avancer, la peur dont vous parlez n’est pas celle qui vous bloque. “Ah bon, cest laquelle alors ?”. Joséphine compte sur moi pour lui montrer le chemin à prendre. Elle peut toujours attendre. C’est à elle d’oser et de pousser les portes. Mon rôle est celui d’une canne d’aveugle. Avec son coach à ses côtés, elle peut tâtonner et s’aventurer sans risque de tomber. Elle comprend ma démarche et courageusement se lance.

«Ok, javoue, revenir en France serait le plus logique. Cest aussi le choix du coeur. Mes deux meilleures amies vivent àLa Baule oùmes parents sont nés, mon mari adore cette région et je naurais aucun souci pour travailler en free-lance, et à mon rythme, de là-bas. Mon métier se fait via internet maintenant».

Elle a osé se dévoiler, je la remercie et l’encourage. Mon intuition me dit que c’est cette direction qu’il faut suivre. Comme elle ne se ment plus, je lui renvoie son imageàl’état brut. Elle voit alors une femme dans le doute, craintive de rentrer d’où elle vient. «Jai grandi à New York. Suis-je devenue trop Américaine pour un pays que jai oublié malgré moi ?». Encore des questions qui ne servent àrien. Pour qu’elle se pose enfin la bonne, je dois la mettre nez à nez avec sa vérité. Le silence fait souvent des miracles. J’attends, bienveillant.

«À bien y réfléchir, ma peur est de me retrouver française en France. Mon statut d’étrangère à New York ma donnétant de passe-droits dont jai pleinement profité». Mais de quoi avez-vous réellement peur ? «Cest la peur de linconnu, la peur de découvrir qui je suis vraiment lorsque je ne serais plus cette Parisienne mega-glamour paradant au milieu de New-Yorkais qui raffolent de moi».

Sans être honnête avec soi-même, difficile de résoudre son problème. Maintenant qu’elle s’est mise ànu, le reste de mon travail est de la recentrer sur son but initial, oublier le pourquoi veux-je faire ça ?, fatigant et crispant, et s’engager sans limites dans le comment je vais faire ça ?, exaltant et positif. Ou aller ? «À La Baule, mon mari et moi, heureux ». À quand le départ ? «Cest amusant car à force den parler avec vous, je suis moins pressée quauparavant».

Elle recherche une séparation àl’amiable avec New York «que jaimerais jusqu’àmon dernier jour». Son horizon si brumeux il y a quelques mois s’est éclairci. Elle prend de nouveau des décisions qui lui ressemblent sans trembler. «Pourquoi me mettre la pression de choisir un endroit coûte que coûte et foncer ? Nous allons passer trois mois là-bas et voir comment ça se passe. Je prendrais le temps de dire bonjour àla France, et si lexpérience est positive je dirais alors au revoir àManhattan sans honte, regrets ou peur. Avant de commencer un nouveau roman daventures, il faut avoir referméle premier ! » L’honnêteté n’a pas de frontières.

 

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Nicolas Serres Cousiné, le life coach des français aux Etats-Unis.


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Note: Certains éléments de cette chronique ont été modifiés de manière à préserver l’anonymat du client de Nicolas Serres Cousiné.