Dating à New York: tout allait bien jusqu’à l’addition

Baptiste savait aussi qu’elle était “high maintenance” . Il avait opté pour un bar à vins chic de Midtown pour l’impressionner. Le genre où une trentaine d’autres “dates” tentent de s’apprivoiser dans une ambiance tamisée. Rapprochement des corps, effleurement des mains, regards qui ne trompent pas, rires et bon rouge: son “date” avec la belle brune de Boston était bien parti, et Baptiste pensait qu’il allait pouvoir la ramener chez lui.

Puis, l’addition est arrivée.

J’ai proposé de partager et de prendre les tips. Elle m’a juste dit: C’est dommage, tu avais été parfait jusque là. Je suis rentré tout seul. Qu’étais-je censé faire? Elle s’était lâchée sur le vin et je n’avais mangé que des croquettes. Je ne pouvais pas payer tout ça! 

En bons Français, notre éducation veut que l’homme régale, mais à New York, cette simple règle de bienséance peut vous ruiner. Avec la montée en puissance des app’ de rencontres, un célibataire peut avoir deux, trois “dates” dans la semaine, voire un tous les jours s’il le veut. Passer à la caisse à chaque fois fait mal à la fin du mois. Très mal. Comme un ami serial-dateur le confiait, “à la fin du mois, il ne te reste plus grand chose dans ton compte en banque. J’ai dû me calmer, me mettre à bouffer des cookies au petit-déj pour faire des économies” .

L’addition était déjà un point de débat entre hommes et femmes avant même l’avènement de Tinder et consors. Le web grouille d’avis parfois contradictoires sur qui doit payer, comme le montrent ces échanges sur le forum Quora en 2013 sur une situation où la femme décide de régler l’intégralité de l’addition. Selon l’institut Emily Post, éditeur de l’ouvrage Etiquette, référence en matière de manières aux Etats-Unis, “pour un premier date, la personne qui est à l’origine de la rencontre devrait payer à moins que les deux parties acceptent au préalable de partager les dépenses.” Mais là aussi, tout le monde n’est pas d’accord. “Au temps de Tinder, qui peut être considéré comme l’initiateur?  Celui qui a “aimé” en premier? Celui qui a lancé la conversation? Vous pouvez voir que les choses sont devenues compliquées ces jours-ci” , faisait valoir Vogue.com en 2014.

Relayant un sondage réalisé en 2013, Forbes raconte que 59% des sondés pensent que c’est à l’homme de payer (50% chez les 18-23 ans, 71% chez les 67-82 ans). Les chercheurs qui sont entrés dans le détail se sont rendus compte que, malgré les changements sociaux de ces dernières décennies et la féminisation du marché du travail, le modèle traditionnel demeure quand l’addition arrive sur la table. “Quand les rôles sociaux commencent à changer, les individus adoptent les changements qui rendent leur vie plus simple, mais résistent à ceux qui les rendent plus difficiles”, selon David Frederik, professeur de psychologie à Chapman University et auteur d’une étude sur la question auprès de 17.000 personnes non-mariées. “Nous avons regardé qui payait pour les “dates” parce que c’est un domaine où les femmes pourraient résister plus aux changements que les hommes” a-t-il confié au Huffington Post.

“Gros, gros feu rouge”

Rachel, une Américaine qui habite à Brooklyn, est bien décidée à ne pas laisser l’égalité homme-femme progresser trop rapidement dans ce domaine. Pour elle, un homme qui ne l’invite pas lors du premier “date” est synonyme de “gros, gros feu rouge” . C’est pourquoi elle prend soin, lors des premières sorties du moins, de choisir “des endroits pas trop chers, des bars qui font des happy hour par exemple pour éviter de lui mettre trop la pression. En plus, chaque fille doit s’attendre quand elle sort avec quelqu’un à ce qu’elle ne soit pas la seule ‘date’ qu’il verra dans la semaine. C’est la réalité. Il faut s’y adapter. 

Chez les hommes, on sait trop bien que certaines conquêtes n’ont pas la même courtoisie que Rachel. Yann, 31 ans, raconte une récente relation: “Elle n’arrêtait pas de commander des choses. Un verre par-ci, un autre par là. A la fin du dîner, elle a insisté mollement pour payer, mais elle n’avait que quelques billets d’un dollar. J’ai compris le message et j’ai tout payé. Au bout de quelques dates comme ça avec elle, j’ai décidé de ne plus répondre à ses textos, dit-il. New York est une ville hors de prix. Je ne suis pas banquier. Je ne peux pas me permettre d’inviter quelqu’un à chaque sortie.”

Eloge de l’addition

Tout le monde devrait, en tout cas, se féliciter de l’existence de l’addition: c’est le seul moment de vérité pendant des rencontres qui ont tout d’artificiel. Pendant un “date”, les deux personnes l’une en face de l’autre peuvent se raconter à peu près n’importe quoi et se faire passer pour des personnages qu’ils ne sont pas. Dans ce grand jeu de rôle, l’addition remet les pendules à l’heure. La galanterie, la radinerie, le respect de l’autre, le niveau socio-économique: tout passe au révélateur. Mesdames, il s’absente pour aller aux toilettes juste après le dessert? C’est mieux de ne pas le rappeler. Messieurs, elle ne vous voit qu’à la fin du mois? Allez plutôt à la piscine. Charlotte, une Française de New York, se souvient par exemple d’un Américain qui a voulu partager l’addition car “il voyait d’autres filles dans la semaine” . Elle l’a mal vécu sur le coup, mais cela l’a aidée à passer plus rapidement à autre chose, et à trouver quelqu’un qui allait vraiment lui donner l’attention qu’elle méritait.

Avocate dans un grand cabinet, Cindy de Washington est allée dîner avec un homme qui lui a lancé “tu devrais m’inviter parce que tu es avocate, tu gagnes plus que moi. Ca m’a rendu folle. C’est comme s’il avait du mal avec le fait qu’une femme gagne plus que lui“, assène-t-elle sans vraiment réaliser la contradiction de son propos.

Alors comment faire pour que tout le monde soit heureux: partager tout dès le début pour être sur un pied d’égalité total? Partager à partir du 3ème date ? Faire une balade dans le parc plutôt que de se retrouver dans un bar à vins hors de prix? Rachel l’Américaine suggère un stratagème très – trop – ambitieux: “Les hommes devraient se calmer sur les dates. S’ils veulent dépenser moins d’argent, ils n’ont qu’à voir moins de filles et mettre un peu plus d’efforts dans celles qu’ils voient.

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Photo du profil de Alexis Buisson
Arrivé à New York en 2006 après un an à Boston, Alexis Buisson est rédacteur-en-chef de French Morning depuis 2011. Il est aussi le correspondant du journal La Croix à New York.
  • Pansy69

    La solution a qui paie de la femme ou de l’homme ? Sortir avec quelqu’un du meme sexe !

  • youre_so_rad

    “Qu’étais-je censé faire? Elle s’était lâchée sur le vin et je n’avais mangé que des croquettes.” calcul d’épicier pas très romantique…

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