Avec Epic, Alexandre Mars se met au big data caritatif

Pour en savoir plus

 

Le site d'Epic Foundation

“Je me suis toujours demandé comment quelqu’un pouvait savoir si son don à une association avait un véritable impact, raconte Alexandre Mars, en savourant un macaron à la rose chez Ladurée, à New York. “Mon ambition, c’est d’établir une passerelle entre le monde des donateurs et celui des ONG”.

Cette passerelle s’appelle Epic, une fondation qui récoltera des dons pour des associations humanitaires agissant sur le terrain, et fournira aux donateurs des informations sur la manière dont leurs fonds sont utilisés. Ils auront par exemple accès à des graphiques, applications, tableaux, afin de savoir en temps réel combien de livres ont été achetés avec leur argent, où en est ce projet de construction d’école, quel est le niveau d’eau dans le puits qu’ils ont contribué à payer. Un système qui devrait booster la générosité: “Beaucoup de gens ne donnent pas car ils ne savent pas à qui donner, ni ce qu’on fait vraiment avec leur argent”, analyse-t-il.

Epic, dont le financement vient de la poche d’Alexandre Mars et de celles de son conseil d’administration, est un changement de cap pour ce multi-entrepreneur de 40 ans, qui a construit sa fortune dans l’univers sans pitié du mobile et de la publicité.

Alexandre Mars a monté sa première entreprise à 17 ans, puis construit sa carrière autour de PhoneValley, une agence de marketing mobile qu’il a vendue à Publicis en 2007. Pour Publicis, il a travaillé plusieurs années à Paris et New York comme chef du “mobile”, tout en pilotant son autre société, Scroon, un logiciel de gestion des réseaux sociaux, racheté par Blackberry en 2013.

De quoi lui donner les moyens, fin 2013, de quitter Publicis et de se lancer dans le secteur non-lucratif, qui l’intéresse depuis le début. Sa fondation – qui emploie 10 personnes – occupe un petit espace dans les locaux administratifs de Ladurée, au-dessus de la boutique, dans un immeuble vert amande de trois étages. Et si vous vous trompez de palier, vous atterrirez dans les bureaux de la marque pour enfants Bonpoint, dirigée, aux Etats-Unis, par la femme d’Alexandre Mars.

La fondation ne prend aucune commission sur les dons qu’elle gère. Tout l’argent va aux ONG, et Epic Foundation, n’a “pas de business model”. “Je sais que cela surprend”, raconte Alexandre Mars, qui assure : “je n’ai pas d’agenda caché”.

Avant de se lancer, il avait préparé le terrain. “Pendant trois ans, parallèlement à mon travail, j’ai rencontré des centaines de personnes de ce monde, afin de savoir comment ce système fonctionnait. J’ai effectué ma propre étude de marché comme avant de lancer n’importe quelle startup.” L’année dernière, il a effectué un voyage autour du monde avec sa femme et ses trois enfants, et interviewé des entrepreneurs de l’économie sociale en Mongolie, Russie, Nouvelle-Zélande… 

L’une des originalités d’Epic Foundation est de réaliser une forme de “benchmark” des meilleures associations humanitaires. “On va passer six mois à sélectionner 20 ONG, selon toute une série de critères et en se rendant sur place”, explique-t-il. Pour la première année de fonctionnement d’Epic, il a choisi de se concentrer sur six zones (Brésil, Asie du Sud-Est, Afrique, Europe, Etats-Unis, Afrique de l’Est), et un domaine : la lutte contre les inégalités touchant l’enfance. 

“On veut aider les donateurs à se rendre sur place, voir les choses qu’ils contribuent à financer. Cela peut être dans le Bronx, ou en Asie du Sud-Est”, illustre-t-il. Ceux qui ne peuvent participer à ces déplacements pourront regarder des vidéos. “On va envoyer des journalistes filmer les actions des ONG, avec des formats courts et bien montés.” 

“En utilisant des GPS, des webcams, des capteurs, on peut trouver plein de manières de rendre visuel un don, et de comprendre tout de suite son impactTous nos outils seront en open-source”, poursuit-il.

Reste une question : les ONG vont-elles accepter ce genre de suivi rapproché ? “Il n’est plus possible, pour une ONG, de ne pas s’adapter aux demandes des donateurs. Et le but n’est pas de mettre de la technologie partout, mais d’en mettre là où cela est pertinent”, répond Alexandre Mars.

Mais le vrai défi, pour Epic Foundation, sera de trouver suffisamment de donateurs. “Je vais m’appuyer sur mon réseau”, affirme le patron, qui compte toquer à la porte des entreprises, des grands donateurs, de banques privées et de “family offices” à Londres, Paris, New York, Hong Kong, San Francisco ou Sao Paulo. “Les outils et les donateurs de 2015 sont différents de ceux d’il y a 20 ans”, conclut-il. Le marriage entre les ONG et le monde des données est sur le point d’être scellé.

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