Alexandre Mars, l’homme mobile de Publicis

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À l’école, ses professeurs le lui rappelaient souvent: avec un patronyme évoquant le dieu de la Guerre et un prénom d’empereur, la conquête s’impose. Les journalistes ont pris le relais quand ils venaient l’interviewer dans ses bureaux parisiens… rue de la Victoire.“Aux États-Unis, on me demande surtout si j’ai un lien de parenté avec une grande marque de barres chocolatées”, s’amuse Alexandre Mars. Une bonne “pub” si l’on joue encore sur les mots. Car depuis New York, le jeune patron de 37 ans dirige Phonevalley, l’agence de marketing mobile de Publicis. Une entreprise qu’il a créée en 2001, et qu’il a revendue 6 ans plus tard au géant de la communication. Il en a gardé les rênes et, nommé Head of mobile, il s’occupe de l’ensemble de la division téléphones portables du groupe.

Phonevalley a commencé avec du texte seulement, les SMS” se souvient-il. Les premiers écrans tactiles noir et blanc faisaient à peine leur apparition. Une décennie plus tard, entre MMS, réseaux sociaux et géolocalisation, l’interactivité domine la publicité sur mobile. “On peut désormais localiser les consommateurs à tout instant de leur vie, les amener sur un lieu d’achat, les conseiller sur place”. Le secteur a évidemment explosé, en premier lieu aux États-Unis. “C’est un marché cinq fois plus grand que celui de l’Europe” explique Alexandre Mars. C’est pourquoi il a décidé en 2010 de déménager de Paris à Big Apple. “Une évidence, c’est ici que tout se passe, où se concentrent les plus grandes agences de publicité, la technologie et les investisseurs”. Les bureaux se situent au sud de Times Square à Manhattan. Lui a choisi de s’installer avec sa femme et ses 3 enfants à Brooklyn, dans le quartier de Prospect Park, propice au sport. Il a d’ailleurs terminé le marathon de New York dans les 19.000e sur 45.000 participants, le 6 novembre dernier. “J’aime le sport, tous les sports!” dit le fan des Jets et des Yankees.

Entrepreneur et investisseur

Né à Boulogne-Billancourt dans l’Ouest parisien, Alexandre Mars revendique ses racines du sud-ouest: béarnais par son père, toulousain par sa mère – un ballon de rugby “64” repose sur le rebord de la fenêtre de son bureau new-yorkais. Mais la culture américaine est une deuxième nature chez lui. Depuis son enfance, il traverse l’Atlantique dans les deux sens. “Mon frère est né à Boston et a fait ses études à l’université de Columbia. Nous passions nos vacances aux États-Unis.” Y travailler tombait presque sous le sens. “Je reste avant tout un entrepreneur”, précise celui qui, à 17 ans, au lycée Florent Schmitt de Saint-Cloud, montait sa première société d’organisation de concerts pour étudiants. En quinze ans, jusqu’au rachat de Phonevalley, il a créé quatre autres entreprises et investi dans une quinzaine de start-up via sa société de capital risque, Mars Capital, tout en poursuivant ses études à Dauphine et à HEC. Aujourd’hui, Phonevalley emploie 150 personnes dans les 25 bureaux répartis en Europe, en Asie et aux États-Unis. En plus du siège new-yorkais, l’agence possède des bureaux à Boston, autre centre d’investissements important, ainsi qu’à Chicago et à Détroit.

Travail et chance

Pour Alexandre Mars, le succès a trois clés: le travail – il ne dort que 3 à 4 heures par nuit -, une très bonne équipe et beaucoup de chance. “Je crois au destin”, assure-t-il, aidé par une mère “merveilleuse” qui lui a transmis le goût de toujours voir le bon côté des choses, et un père, Dominique, fondateur du cabinet de conseil Mars and Co., dont il dit être très fier. Même s’il a eu la chance de naître dans la bonne décennie, celle d’internet, Alexandre Mars avoue qu’il faut savoir prendre des risques. “J’aime cette idée que 100% des gagnants ont tenté leur chance”, reprenant le célèbre slogan publicitaire de la loterie nationale française. Il l’a tentée plusieurs fois, en temps de crise, lors de la bulle internet en 2002-2003. “Vous augmentez vos chances de réussite en créant dans les pires moments, car il y a alors peu de monde!”

En 2008-2009, autre crise, “mais la publicité sur mobile, comme sur internet, n’en a pas souffert” et, ce, contrairement aux supports classiques télévision et presse. D’après une enquête d’eMarketer, les investissements pub online devraient même devancer ceux en presse papier cette année aux États-Unis, une première, pour atteindre 40 milliards de dollars. Et selon les dernières statistiques du site Inneractive, le nombre de clics sur les publicités sur mobile a augmenté de 711% en un an en Amérique et en Europe, + 983% rien qu’aux États-Unis. Alexandre Mars a de quoi rester optimiste, il affirme d’ailleurs que son agence enregistre une croissance à trois chiffres de ce côté-ci de l’Atlantique. Pour l’heure, il n’est donc pas prêt de quitter New York. “C’est une ville fabuleuse, c’est certain. Mais l’essentiel est de modifier ses habitudes. Il est toujours bon de changer d’environnement, même si c’est pour déménager de Toulouse à Marseille”. L’homme aime la mobilité… sans jeu de mots, évidemment.

Crédit photo: Anthony Behar/Sipa Press

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