Zidane et de Gaulle au secours de la France

Il y a des semaines avec et des semaines sans. Défaite à l’Euro de foot, crise de l’euro tout court, prise d’otage: il ne faisait pas bon être Français dans la presse américaine ces derniers jours.

Et encore moins Toulousain. La prise d’otage du mercredi 20 juin, dans une banque CIC de la Ville Rose, par un individu schizophrène disant agir au nom d’Al-Qaida, n’a pas échappé aux médias outre-Atlantique. Qui n’ont pas non plus manqué de relever que cette prise d’otage a eu lieu à quelques centaines de mètres du domicile de Mohamed Merah. Se réclamant lui aussi d’Al-Qaida, il avait assassiné sept personnes à Toulouse et Montauban en mars dernier. “L’incident plonge la ville dans la terreur pour la deuxième fois en quelques mois”, écrit le Detroit Free Press dès mercredi matin.

Les faits ont été rappelés dans la plupart des titres américains, de la FOX au San José Mercury News. Ils insistent sur ce climat d’effroi, reprenant les mêmes témoignages entendus sur RTL : “La peur revient après l’affaire Merah”, dit Maria Gomes, quand Doriane Clermont, “inquiète du climat qui règne dans la ville”, pense “à déménager”. Bonjour l’ambiance… Loin d’une évocation ou d’un rappel, The Christian Science Monitor fait du lien avec Mohamed Merah le coeur même de son article. Et met la religion musulmane au centre de la polémique, craignant qu’elle soit stigmatisée. “Si l’on découvre que le preneur d’otage est un membre de la communuaté musulmane de France, qu’il soit natif ou immigré, cela donnera une image indésirable à une communauté qui se sent souvent malvenue et victime d’actions d’un petit nombre d’individus extrémistes.

« Zizou, reviens ! »

Une autre prise d’otage a fait couler de l’encre aux Etats-Unis, c’est celle du ballon de France-Espagne par les joueurs ibériques. Féliciter l’Espagne pour sa victoire (2-0) ne semblait pas une bonne idée pour le San Francisco Gate, qui a préféré enfoncer les Français après leur défaite. “La France a intégré le tournoi en tant qu’équipe poussée par une longue série d’invincibilité et un statut de dangereux outsider. Elle le quitte en pleurnichant.” Très critique envers une équipe de France qui “a manqué autant de confiance que de calme”, le quotidien californien discute les choix de Laurent Blanc. Il “aurait mieux fait de garder ses joueurs sous contrôle et de les pousser à finir en tête du groupe, ce qu’il n’a jamais fait, préférant minimiser l’importance d’éviter l’Espagne” en quart de finale.

Le New York Times met la France dans le même panier que la République Tchèque et la Grèce. “Tchèques, Grecs et même Français craignaient l’humiliation et ont adopté des tactiques complètement anti-sportives pour éviter d’être embarrassés par le Portugal, l’Allemagne et l’Espagne.” Et dans tout ça, Laurent Blanc est celui qui “a le moins de mérite. Après tout, il avait de très bons attaquants dans son équipe, mais la France les a privés de ballons.” Le quotidien new-yorkais va jusqu’à citer le Grand Charles pour exprimer sa rancoeur : “ ‘La France, disait le Général de Gaulle, n’est pas la France sans la grandeur.’ Samedi, à Donetsk, la France n’était pas la France.”

Pour Fox News, la France n’est pas la France sans Zizou. “Par une cruelle coïncidence, la France a démontré son médiocre football en perdant contre l’Espagne le jour du 40e anniversaire de Zinedine Zidane.” Ainsi débute une longue chronique consacrée à l’ancien numéro 10, qui “plus que tout autre Français, à l’exception peut-être de Michel Platini, donnait l’illusion que la France avait un grand pouvoir footballistique.” Platini, Zidane, de grands noms qui manquent au chroniqueur. Et de grands joueurs qui manquent aux Bleus. “La victoire de la France contre l’Ukraine était la première, dans une phase finale d’un Championnat d’Europe, sans Platini ou Zidane dans l’équipe”, note-t-il. Il fait également remarquer que “le dernier Français à avoir marqué contre l’Espagne en match officiel reste Zidane, lors de la victoire 3-1 de la France à la Coupe du monde 2006. Patrick Vieira avait inscrit le deuxième but, avant Zizou. Et Vieira, lui aussi, célébrait samedi son 36ème anniversaire.” Avant de conclure, nostalgique : “Pour son anniversaire, Zidane nous a manqué plus que jamais.”

La France ne fait pas que des « euros »

Non contente de parler de l’Euro, la presse américaine a aussi parlé de l’euro, comprenez la monnaie. Particulièrement le Wall Street Journal, qui semble avoir un sérieux grief contre la politique française. “La France est le principal obstacle à une solution concernant l’euro”, titre le quotidien. L’article revient sur le sommet de Rome, qui a réuni la semaine dernière les leaders allemands, français, espagnols et italiens autour de la crise de la zone euro. Il déplore l’incapacité de l’Europe à trouver une solution rapide et concrète pour sauver la monnaie unique. “Il y a  un pays qui, historiquement, dit “non” aux transferts de souveraineté qui pourraient placer, à long-terme, la zone euro sur une base solide : la France.” Symbole de l’État centralisé, la France préfère donc le pouvoir intergouvernemental au pouvoir supranational. Un choix que le Wall Street Journal considère comme obsolète. Tout comme les demandes du président français d’accorder une plus grande importance à la solidarité qu’à la souveraineté. “M. Hollande a tort : le débat de la souveraineté n’est pas un problème périphérique. Il vient au coeur du débat sur la solidarité. Et la France est le plus gros obstacle à une solution.”

Des Frenchies vieux jeu

Et quand ce ne sont pas les choix des politiques qui dérangent les Américains, ce sont ceux des médias. Dans un billet consacré à Corinne Narassiguin, la nouvelle députée des Français d’Amérique du Nord, le New York Times s’étonne des questions de la presse française. “Mme Narassiguin, originaire de l’île de la Réunion, a dit avoir été prise au dépourvu par l’intérêt des médias français pour ses origines.” Un sujet qui n’a pourtant pas été évoqué lors de sa campagne américaine. “Mon bagage professionnel était plus important pour les citoyens d’Amérique du Nord que le fait que je sois issue d’une minorité”, a-t-elle déclaré au quotidien. Et concernant son nouveau travail de député, il s’agit d’”un poste en France et à temps plein”. Ce qui motive Corinne Narassiguin, même si “le plus triste, c’est de devoir quitter ma vie quotidienne de new-yorkaise”.

Décidément ces Français sont très bizarres. Quitte à provoquer cette pique du New York Times dans un autre article : “Comme d’habitude, ils persistent à vouloir être différents.” Le sujet de la discorde ? La lecture. Le  quotidien note que contrairement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, où le marché du livre est en chute libre, “les ventes de livres en France ont progressé de 6,5 % entre 2003 et 2011”. Bien qu’en retard sur les livres électroniques, avec 1,8 % de part dans le marché du e-book, contre 6,4 % aux États-Unis, “les Français vénèrent le papier depuis des siècles”. Un statut de rebelle qui ne devrait pas durer. Le quotidien considère en effet que “la France ne fait que retarder l’inévitable, et tôt ou tard les forces du marché l’emporteront”.

Photo J.Medina/REUTERS