Yann LeCun: “Créer des machines qui ont autant de bon sens qu’un chat de gouttière”

Yann LeCun a été honoré au consulat général de France à New York. Crédit : Facebook/Yann LeCun

« Maintenant il faut que je fasse plus attention à ne pas dire de bêtises parce que personne n’ose plus me dire que j’ai tort », plaisante Yann LeCun. Et pour cause, il y a tout juste deux mois, il recevait le prestigieux prix Turing 2018, surnommé le “Prix Nobel de l’informatique”, de l’Association for Computing Machinery (ACM).

Ce gourou de l’intelligence artificielle, directeur des programmes d’Intelligence artificielle de Facebook quand il n’est pas dans ses habits de chercheur à New York University, a été honoré pour ses travaux lors d’une soirée d’hommage jeudi 30 mai au consulat général de France à New York.

Dans la lignée d’Alan Turing, l’un des pères de l’informatique au XXe siècle qui a donné son nom au prix de l’ACM, Yann LeCun consacre ses recherches au « deep learning », un ensemble de méthodes visant à permettre à une machine « d’apprendre » par elle-même grâce à un réseau de neurones artificiels sur le modèle du cerveau humain.

L’enjeu, que le scientifique a rappelé face à une salle comble : « Faire en sorte que les machines puissent apprendre un petit peu à la manière des animaux et des humains, avec peu de données, peu d’essais et peu d’erreurs. A la fin, ce que l’on voudrait, ce sont des machines qui ont autant de bon sens qu’un chat de gouttière. »

Pour y parvenir, Yann LeCun planche sur « l’apprentissage auto-supervisé ». « Ça consiste à donner à la machine un morceau donné, par exemple un clip vidéo, et à cacher une partie de ce clip et de demander à la machine de prédire ce qu’il y a dans la partie cachée », explique l’expert, qui indique que le procédé “marche très bien pour le texte”.

Cette méthode permettrait aux machine “d’anticiper” une situation en la reconstituant à la manière d’un cerveau animal ou humain qui sait qu’un objet caché dans son champ de vision ne disparaît pas pour autant et continue à exister. Le but à terme serait d’améliorer la perception globale des machines et « d’entraîner des robots à apprendre à attraper des objets ou à se déplacer sans se cogner, par exemple », illustre Yann LeCun, avant de citer des domaines d’application comme le transport ou encore la médecine.

Il faudra cependant attendre encore un peu avant de pouvoir converser avec un véritable C-3PO de Star Wars (que Yann LeCun estime beaucoup plus réaliste qu’un robot à la « Terminator »). « Si vous voulez vous faire une idée d’un scénario possible, ça serait le film “Her” qui décrit une espèce d’histoire d’amour entre le héros et un agent intelligent virtuel qui s’appelle Samantha, imagine-t-il. Ce genre d’interaction avec des agents intelligents conversationnels que nous avons dans notre vie de tous les jours, qui sont comme des assistants humains mais virtuels, c’est un futur possible », poursuit-il, avant de nuancer : « Mais ça n’est pas pour demain ! »