Pourquoi y a-t-il une “Bible Belt” aux Etats-Unis ?

La “Bible Belt”, littéralement “la ceinture de la Bible”, est un terme fréquemment utilisé pour désigner la quinzaine d’Etats du sud des Etats-Unis, dont la population se réclame d’un protestantisme rigoriste, forme de fondamentalisme chrétien.

Géographiquement, cette zone correspond grossièrement aux Etats sécessionnistes. Au sud, elle s’étale du nord de la Floride au Texas. Et au nord, de l’Oklahoma à la Virginie.  Une série de mouvements religieux a transformé la culture de la région, initialement colonisée par des anglicans, au cours du XIXe siècle, la faisant basculer vers un protestantisme plus conservateur (“Southern Baptists”).

Le premier à employer l’expression de “Bible Belt” fut l’écrivain américain H.L. Mencken en 1925. Il lui donna un sens clairement péjoratif en l’associant souvent avec des termes racistes (« Jackson, Mississippi in the heart of the Bible and Lynching Belt »). L’expression resta et gagna malgré cela en popularité. En 1948, le Saturday Evening Post fit même d’Oklahoma City la capitale de la région (“The buckle of the belt”).

La zone, qui n’a pas vraiment évolué depuis, est toujours une réalité aujourd’hui. Il suffit pour s’en convaincre de conduire à travers ces Etats pour croiser un nombre incalculable d’églises aux appellations variées. De même, un sondage réalisé par l’institut Gallup montre que 61% des habitants du Mississippi se déclarent très religieux. Hormis l’Utah, Etat mormon, les neuf autres Etats de ce classement sont issus de la Bible Belt avec notamment l’Alabama, la Louisiane et la Caroline du Sud.

“Dieu, famille, patrie” depuis les colons

En effet, pour un grand nombre d’Américains, la Bible est (encore aujourd’hui), avec la Constitution et la bannière étoilée, l’un des trois piliers de l’identité nationale. En 2016, 35% des Américains disaient aller à l’église tous les week-ends contre 4,5% en France. C’est là l’héritage direct des premiers colons britanniques qui, persécutés dans leur pays pour leurs convictions religieuses puritaines, ont émigré en Amérique. Confrontés à l’immensité et à la violence du nouveau monde, ils remettaient leur sort entre les mains de Dieu. Alexis de Tocqueville écrivait au milieu du XIXe siècle à leurs propos : «Derrière eux, ils n’apercevaient que l’immense océan qui les séparait du monde civilisé. Pour trouver un peu de paix et d’espoir, ils ne pouvaient tourner leurs regards qu’en haut.»

La religion comme arme politique dans le sud

Mais c’est dans le Sud que cet héritage a perduré le plus. « L’utilisation politique faîte de la religion a nourri son influence et a donné naissance à la Bible Belt. Dès l’époque de la prohibition, une volonté partagée d’accroître le pouvoir de la religion dans la vie publique transforma les hommes d’églises en fervents activistes politiques qui passèrent à la moulinette les concepts d’Histoire, de race, de genre et de religion pour en faire un mouvement politique. » Et ça continue encore aujourd’hui…

Dans cette partie du Sud, où il est parfois difficile de distinguer religion et politique, “chrétien” est très souvent synonyme de “républicain” et il n’est pas rare d’entendre qu’« aucun bon chrétien ne saurait voter démocrate. » Pourtant, avant le Civil Rights Act de 1964 abrogeant la discrimination raciale, ces Etats votaient tous majoritairement “bleu” (depuis qu’Abraham Lincoln, républicain, avait affranchi les esclaves…). Une des raisons principales de ce changement de bord est la “Southern Strategy” mise en place par le parti républicain dans le but de séduire l’électorat blanc du sud. Cette instrumentalisation de la religion par l’aile la plus extrémiste du parti fut la stratégie principale de la campagne de Richard Nixon pendant l’élection présidentielle de 1968. Il profita des divisions raciales du pays ainsi que de la peur du changement pour rallier le sud à sa cause. Cette stratégie a perduré à travers les présidences, de George Bush à Donald Trump, et contribua également à pousser le Parti Républicain bien plus à droite.