Avec Wooln, deux Françaises font tricoter les mamies de New York

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Le site de Wooln

Les rendez-vous ont lieu dans des lobbies d’hôtel, devant des banques, ou dans des squares de Brooklyn, ou Harlem.

D’un côté, Faustine Badrichani et Margaux Clermontel, pimpantes trentenaires françaises qui transportent sous leur manteau des pelotes de laine et quelques billets. De l’autre, Charmaine, Yvonne ou Dilcia, grand-mères new-yorkaises et tricoteuses, qui sortent de leurs sacs des poignées de bonnets, snoods (cols-écharpes) ou bandeaux en laine faits à la main.“Des fois, les gens autour se demandent vraiment ce qu’est ce trafic, si nous ne sommes pas des dealers de drogue !”, plaisante Margaux Clermontel. 

Mamie vs hipster

Faire travailler des grand-mères, on n’y aurait pas pensé. C’est pourtant le concept de Wooln, nouvelle boutique en ligne qui vend en direct des accessoires en laine tricotés par des mamies de New York. “On paie nos grand-mères à la pièce, entre 10 et 30 dollars. On les fournit en fil, en aiguilles, et on leur donne nos patrons. Elles ont le temps qu’elles veulent pour terminer”, résume Faustine Badrichani.

Les deux Francaises chouchoutent leurs tricoteuses : elles ont chacune droit à un petit portrait sur le site, tandis que chaque article porte, sur l’étiquette, le nom de la personne qui l’a tricotée… La mamie est un bon atout marketing – “même si c’est pas évident de marier cela avec un côté hipster”, nuance Faustine Badrichani. Le concept a valu à Wooln de faire la “une” du journal Métro  (édition de New York) début novembre.

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Le tricot, c’était le truc de Margaux Clermontel. Cette diplômée de l’école de commerce de Bordeaux s’est prise de passion pour les pelotes alors qu’elle travaillait comme consultante RH à Paris, un peu blasée par son travail. “Le tricot, ça m’a beaucoup aidé à gérer mon anxiété”, raconte la Française de 32 ans, qui travaille, en plus de Wooln, au service marketing d’un fabriquant de laine à New York.

De son côté, Faustine Badrichani n’y connaissait rien au monde du tricot. Diplômée de l’Essec, cette Provençale de 31 ans a commencé sa carrière dans la finance, à Londres et New York, avant de se faire rattraper par sa passion pour le dessin et la peinture. En 2012, elle a laissé tomber les fusions et acquisitions au Crédit Agricole pour devenir artiste à plein temps. “Mais cela faisait longtemps que j’avais envie d’autre chose, d’allier un projet de business avec une dimension sociale”, dit-elle. Lorsque Margaux Clermontel, qu’elle connaissait à peine, lui parle de ce projet, elle est tout de suite séduite.

La plus âgée vient de fêter ses 96 ans 

Cartes en main, les deux expat’, chacune mères de deux enfants, ont commencé par arpenter les centres pour seniors de la ville, à la recherche de tricoteuses. “C’était la partie la plus difficile. Des fois, on a été bien reçues, d’autres non. On a aussi mis des annonces sur Craig’s List, et finalement, avec le bouche à oreille, on a réussi à se constituer un petit réseau”, raconte Margaux ClermontelDouze grand-mères (et un homme) sont ainsi devenues les petites mains de Wooln. La plus âgée vient de fêter ses 96 ans.

Pour certaines de ces tricoteuses, l’argent de Wooln est un complément de revenu appréciable. “Beaucoup nous disent: de toute façon, je tricote tout le temps. Quand on aime le tricot, on peut vite devenir accroc. On leur donne aussi l’occasion de faire partie d’un projet collectif, c’est valorisant“, insiste Faustine Badrichani. Certaines de ces grand-mères sont ultra-productives, comme Charmaine, qui leur fournit jusqu’à treize articles par semaine.

Le résultat, ce sont de jolis bonnets ou cols en laine épaisse et douce. Il faut compter entre 60 et 90 dollars pour un bonnet, selon les modèles. Pour le moment, Wooln n’a pas vocation à vendre ses articles dans des boutiques, et préfère développer la vente sur son site, ou dans des marchés de Noël – la seule manière, selon les deux fondatrices, d’espérer être rentable.

En attendant, les deux associées ont un objectif : se faire connaitre dans la planète mode, et pour cela, investir dans le marketing et la com’ auprès des blogueurs. Leur campagne Kickstarter, qui marche bien (6.000 dollars récoltés à ce jour), devrait les aider à tisser leur toile dans cet univers.

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Le site de Wooln