Câlins américains pour la France et Hollande à Washington

« On pensait que c’était pour nous ». En voyant les drapeaux français qui alignent les rues voisines de la Maison blanche, Christine et Emily Green, Françaises du Connecticut, n’en croient pas leurs yeux.

La France est à l’honneur au cœur de la capitale américaine. Bannières tricolores sur les lampadaires, énormes drapeaux français et américains sur la façade du bâtiment Dwight Eisenhower, qui abrite l’administration de la Maison blanche : il ne manque plus que la légion étrangère pour qu’on se croie sur les Champs-Elysées un 14 juillet.

Washington a l’habitude de recevoir des chefs d’Etats étrangers, mais peu de leaders auront reçu les mêmes honneurs que François Hollande. Sous Barack Obama, les visites d’Etat, rencontres les plus formelles du code diplomatique, sont rares. Il n’en a organisé que six depuis son accession à la Maison blanche (contre 35 pour Ronald Reagan et 26 pour Bill Clinton, recordmen en la matière).

« C’est toujours bien de mettre les pendules à l’heure entre la France et les Etats-Unis, confie le patron de la chambre de commerce franco-américaine de Washington, Jean-Marc Gaultier, sensible à l’importante délégation d’entrepreneurs qu’Hollande emmène avec lui. «La France est une bonne porte d’entrée pour les entreprises américaines en Europe. C’est un bon pays où investir. Nous ne sommes pas les derniers de la classe. Dans le domaine des bio-tech, du big data, les nouvelles technologies, nous avons un vrai savoir-faire».

Caviar et salades du potager de la Maison blanche

François Hollande a commencé sa visite par un passage, avec Barack Obama, au domaine de Monticello, la résidence de Thomas Jefferson en Virginie. Demain, place au lancement officiel de la visite d’Etat à la Maison blanche.

Le soir, un dîner d’Etat avec 300 convives, est organisé par Michelle Obama en l’honneur du président avec l’aide de Bryan Rafanelli, l’homme qui a monté le mariage de Chelsea Clinton. L’acteur Bradley Cooper, qui a participé à la conférence sur la santé mentale organisée par la Maison blanche l’an dernier, devrait être de la partie. C’est le seul nom de la « guest list » qui a filtré jusqu’à présent, la Maison blanche laissant planer le suspense jusqu’à la dernière minute.

La chanteuse de r’n’b Mary J. Blige assurera l’ambiance musicale. Au menu: “caviar américain” et plats à base des produits du potager d’hiver de la Maison blanche.

Galères de plan de table

Lundi après-midi, un camion de la société d’évènementiel New England Country Rentals  pouvait être aperçu devant la Maison blanche. Selon son site, la compagnie a organisé le diner d’Etat des enfants en 2013 à la Maison blanche, sous la houlette de Michelle Obama, ainsi que le mariage de l’ex-comédien de Saturday Night Live Seth Meyers. La société n’a pas souhaité commenter sa présence sur place.

La préparation de ce repas mondain, qui vise aussi bien à flatter l’invité d’honneur qu’à remercier les amis et les soutiens des hôtes, n’est pas allée sans accrochages, si l’on en croit le New York Times. Le quotidien rapportait samedi que les invitations initiales, qui mentionnaient l’ancienne compagne de François Hollande Valérie Trierweiler, ont du être détruites à la dernière minute et remplacées.

Les déboires conjugaux du président ont également posé de très diplomatiques casse-tête aux organisateurs : « Qui asseoir à côté du président à la place de Mme Trierweiler ? Est-ce qu’une forme de divertissement est appropriée ? Doit-il y avoir de la danse si l’invité d’honneur romantiquement compliqué n’a personne avec qui danser ? », raconte le Times.

Erik Goldstein, professeur de relations internationales à Boston University, et spécialiste des visites d’Etat, suggère que les Etats-Unis ont voulu accueillir Hollande pour se faire pardonner. « Obama organise ce diner pour remercier Hollande d’avoir pris les devants sur la Syrie alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’ont lâché à la surprise générale, avance-t-il. A l’heure où Hollande est au plus bas dans les sondages, un évènement médiatique comme celui-ci ne peut pas lui faire de mal ».