Je vis avec des colocataires “fantômes” à New York

Lisa Ljuba - Crédits photo: Benjamin Meteyer

La colocation à New York, on imagine ça à la « Friends ». Super appartement, ambiance de folie, colocataires géniaux et week-ends fêtards… Pour Maxime Kosnansky, en stage dans la Grosse Pomme, cela n’a pas été le cas. « Je vivais avec un Américain de 25 ans, fantomatique, on ne se voyait jamais, il ne préparait jamais ses repas et lorsqu’on se croisait, il ne me parlait pas ».

Dans une ville où 40% des habitants ne peuvent pas louer un appartement entier avec leurs revenus, selon une étude du site Spareroom, les colocations sont très répandues. Vivre avec des personnes que l’on ne connait pas, que l’on ne veut pas voir ou ayant des emplois du temps très différents, est le corollaire de cette situation. Le site Spoiled NYC a nommé le “colocataire invisible” parmi les six types de colocataires que l’on peut trouver à New York dans un “listicle” de 2016.

« Quand ma colocataire rentrait à l’appartement, elle s’enfermait directement dans sa chambre. Je l’ai invitée plusieurs fois à sortir, elle refusait tout contact. Pour elle, la colocation signifiait de partager un endroit commun sans piétiner l’espace de l’autre mais sans forcément avoir de bonnes relations », explique Lisa Ljuba, étudiante à New York. Corentin Molette, stagiaire, observe lui que ces deux colocataires “ont même un frigo dans leur chambre donc ils ne sont jamais dans la cuisine ou le salon”. 

L’absence de contact n’est pas qu’une question de mauvaise volonté: dans la ville qui ne dort jamais, où cumuler différents emplois est fréquent, les emplois du temps ne coincident pas toujours. « On ne s’entend pas mal mais on ne se voit jamais. On a mangé une fois ensemble en six mois » témoigne Julie Lac, étudiante en échange universitaire, en parlant de son colocataire invisible.

Clément Darnind, autre jeune Français à New York, est lui-même un coloc “fantôme” et il l’assume: “Je ne cherchais pas vraiment à partager des moments avec ma colocataire, j’avais surtout besoin d’une chambre pas chère”.

Certains estiment que partager son appartement avec des fantômes est un avantage. “Quoi de mieux qu’avoir un appartement à vous tout seul ? Avoir un colocataire invisible qui partage le coût et qui n’est jamais là quand vous y êtes”, peut-on lire sur le site d’immobilier BrickUnderground, qui donne même quelques conseils pour trouver le colocataire “fantôme” idéal.

Rassurez-vous, il existe aussi des colocations chaleureuses où, miracle, on parle avec ses colocataires et partage des moments avec eux. Maxime Kosnansky a pris la décision de déménager. “Aujourd’hui, j’ai changé d’appartement. Ma colocation est géniale, je m’entends bien avec mes colocataires. Ca vaut le coup d’aller ailleurs”.