La vache normande fait de l’oeil aux éleveurs américains

Elle aime l’herbe et produit du bon lait à camembert. La vache normande, race quasi-inexistante aux Etats-Unis il y a quinze ans, pointe son museau dans les fermes américaines, en particulier dans le nord-est du pays.

Au cours des dernières années, une quarantaine d’éleveurs ont adopté des vaches de cette race française, et plusieurs centaines d’éleveurs ont utilisé des vaches normandes pour des croisements, selon Jérôme Chateau, ancien vétérinaire français établi à Minneapolis, devenu l’importateur en chef des “Normandes” aux Etats-Unis.

“Il y a un nouvel intérêt aux Etats-Unis pour la race normande, notamment à cause de son lait qui produit du très bon fromage. La plupart des grands producteurs de fromages fermiers utilisent notre génétique, en particulier Jasper Hill, dans le Vermont, et aussi Meadow Creek Dairy en Virginie ou Rogue Creamery dans l’Oregon.”

Retour aux pâturages

Ce Parisien, passionné de génétique et par l’histoire des races bovines, est à la tête de Normande Genetics, une société qui importe la race et évangélise les éleveurs à ses bienfaits.

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Si la vache normande a du succès, c’est à cause d’une tendance de fond, qui traverse l’élevage bovin américain depuis les années 2000 : le retour aux pâturages.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les éleveurs américains sont passés à l’élevage hors-sol – c’est à dire l’alimentation à base de grains. Une manière d’augmenter drastiquement leur production. Pour se démarquer de la concurrence, des éleveurs ont commencé, il y a quelques années, à remettre leur bétail dans les pâturages, “un mode de production qui avait disparu depuis les années 50”, selon Jérôme Chateau.

Le succès de ces fermiers a été porté par le désir d’une alimentation bio, meilleure pour la santé (le lait des vaches qui pâturent est plus riche en omega 3) et plus responsable – d’où les étiquettes grass-fed beef.

“Le symbole de l’excellence française”

Le problème, c’est que les races avaient génétiquement évolué. Les éleveurs se sont rendus compte que les vaches laitières (aux Etats-Unis, la race Hostein est ultra dominante) qui ont mangé des céréales depuis de nombreuses générations ne sont plus adaptées à un régime herbivore. “Elles ont été génétiquement sélectionnées sur des critères qui ne sont pas adaptés au pâturage. Elles sont devenues maigres, et ont des problèmes de fertilité”, explique Jérôme Chateau – d’ailleurs, ces vaches laitières sont rarement mangées. “Or, en herbage, les éleveurs ne peuvent pas se permettre d’avoir des races maigres, il faut que leur corpulence puisse corriger les fluctuations de la qualité de l’herbe.”

D’où la nécessité de nouvelles vaches herbivores, et de nouveaux croisements. C’est là que les vaches normandes (troisième race en France, après la Holstein et la Montbéliarde) sont entrées en scène, et que Jérôme Chateau a trouvé son créneau. “La Normande est une race mixte, lait et viande. Le lait est riche en matières grasses et protéines, parfait pour les fromages ou les yaourts. Et leur viande est très persillée, de grande qualité. C’est le symbole de ce que peut être l’excellence française.”