Trump voulait tuer la loterie de la carte verte. Où en est-il ?

Donald Trump . crédit: Maison-Blanche

Le moment que vous attendez est arrivé. Le 15 mai, les participants à la loterie de la carte verte 2019 sauront s’ils ont passé le stade de la sélection aléatoire. C’est, pour les heureux élus, la première étape d’un processus administratif qui peut déboucher sur l’obtention d’une précieuse carte verte, synonyme de résidence permanente.

Les “gagnants” de cette année obtiendront leur sésame dans un contexte d’incertitude autour de l’avenir de cette loterie, au terme de laquelle 100.000 personnes sont sélectionnées – environ 50.000 obtiendront la carte. Le président Trump ne cache pas son hostilité envers cet outil instauré dans les années 90 pour “diversifier” les sources d’immigration aux Etats-Unis. Il l’a fortement dénoncée en novembre à la suite d’un attentat au camion-bélier à New York ayant fait huit morts. L’auteur présumé de l’attaque est un bénéficiaire de la loterie.

Il en a remis une couche en janvier lors de son premier discours sur l’état de l’Union. “Dans l’ère du terrorisme, ces programmes représentent un risque que nous ne pouvons pas nous permettre de courir, a-t-il dit. Il est temps d’avancer vers un système migratoire basé sur le mérite – un système qui accueille des personnes qualifiées, qui veulent travailler, participer à la société, et qui aiment et respectent notre pays“.

Quatre mois plus tard, la loterie est toujours en place. “Jusqu’à présent, aucun changement n’a été fait au programme, établi par le Congrès, confirme le Département d’Etat, gestionnaire de la loterie. Les ambassades et consulats continuent les procédures habituelles, tout en prenant les mesures de contrôle appropriées“.

La raison pour laquelle la loterie est toujours en place – et qu’elle le restera certainement pour un bout de temps – tient à la manière dont elle a vu le jour. N’en déplaise au président américain, elle a été instituée par vote du Congrès. “Seul un autre vote du Congrès peut y mettre un terme, explique Stephen Yale-Loehr, avocat d’immigration et professeur à Cornell University. À la différence de DACA, le programme de protection de mineurs illégaux institué par Barack Obama par ordre exécutif, Donald Trump ne peut pas pas toucher à la loterie”.

Bonne nouvelle pour les participants: sur ce dossier-là, rien n’a vraiment bougé côté Congrès depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Deux propositions de loi prévoyant de mettre un terme à la loterie ont été déposées en février 2017 au Congrès – le RAISE Act au Sénat et le SAFE for America Act à la Chambre des représentants – mais les textes sont toujours en cours d’examen en commission et ont peu de chance d’être adoptés.

Selon Stephen Yale-Loehr, rien ne se passera avant les élections de mi-mandat de novembre. “Le Congrès n’a aucun appétit à s’attaquer au dossier de l’immigration à cause des élections à venir. Il faudra voir les résultats. Malgré tout ce que Trump peut dire sur la loterie, cela ne dépend pas vraiment de lui“.

Une reprise de la Chambre ou du Sénat par les démocrates en novembre 2018 mettrait-elle la loterie hors de danger ? “Ce n’est pas évident. Il y a des démocrates et des républicains qui sont pour et contre. C’est un sujet qui divise au-delà des clivages partisans, poursuit Stephen Yale-Loehr. Même si les démocrates gagnent, il n’est pas sûr qu’ils passent une réforme de l’immigration. Il est difficile de trouver un consensus bipartisan sur quoi que ce soit aujourd’hui, encore moins sur ce sujet-là“.