Trois jours à la Nouvelle-Orléans (sans passer par Café du Monde)

«La Nouvelle-Orléans est une ville où l’on s’ennuie. La loi interdit d’aller dans les quartiers noirs. Il y a pas la moindre ambiance dans les bars», écrivait Jack Kerouac dans Sur la route. Nous sommes au regret de contredire ses écrits, après un séjour de trois jours dans cette ville mythique de la Louisiane.

Tout le monde vous l’accordera: la “Big Easy”, qui fête ses trois siècle d’existence cette année, n’est pas une destination touristique classique. Il n’y a pas des tonnes de monuments à visiter, mais tellement de choses à vivre. Beaucoup choisiront de s’y rendre pour Mardi Gras ou Halloween, quand la ville est prise d’assaut par les touristes costumés et oublie de dormir.

La Nouvelle-Orléans est connue pour ses beignets, le jazz, ses échoppes de sorcier et le fait qu’on puisse y boire nuit et jour, une permissivité issue de son histoire au croisement de plusieurs cultures (française, espagnole, créole, irlandaise…). La ville a un lien particulier avec la France, ce qui explique le nom des rues (Toulouse Street, Iberville St, Chartres St, Dauphine St…). Fondée en 1718 par Jean Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville, la Nouvelle-Orléans était une colonie française et reçut comme nom celui du régent de France, le Duc d’Orléans.

Jour 1

Pour bien s’imprégner de la ville, il faut prendre le temps de marcher, de s’arrêter, ne pas chronométrer ses visites (ça fait du bien). On commence la première journée par un petit déjeuner sur Magazine Street (au n°1418), au Surrey’s plus exactement. Il faudra sûrement s’armer de patience, mais leur «Banana Foster French Toast» en vaut la peine. La panse pleine, vous pourrez remonter Magazine Street, à la découverte de ses antiquaires, et vous égarer dans le Garden District.

garden district

Les imposantes villas de ce quartier datent de la libération de la ville de la domination anglaise en 1815, quand la Nouvelle-Orleans connut un essor économique dû à sa situation privilégiée sur le Mississippi et à la fertilité des environs. Ces immenses maisons coloniales rivalisent d’inventivité, et sont reliées par des rues bordées de chênes massifs. Nous vous recommandons un arrêt devant la Buckner Mansion (1410 Jackson Ave) où se déroule l’intrigue de la troisième saison de la série « American Horror Story ». Vous pourrez poursuivre votre marche à Colonel Short’s Villa (1448 Fourth St), Toby’s Corner construite en 1838 (2340 Prytania Street), la maison de l’auteur Anne Rice (3000 St Charles Ave) ou simplement remonter Chesnut Street. Parmi les personnalités qui habitent ici, notons Drew Brees, Sandra Bullock et Nicolas Cage.

cimetière lafayette

Puis, faites une halte par le Lafayette Cemetery (1416-1498 Washington Ave, ouvert de 7 am à 2:30 pm en semaine, et jusqu’à 4 pm le week-end, gratuit). En passant l’entrée de ce cimetière de 1850, vous remonterez dans le temps, traversant les rangées de tombes et les cryptes. Ayant la réputation (touristique) d’être hanté, il a servi de décor pour les films «Entretien avec un vampire» et «Double jeu».

La marche creuse. Si vous voulez goûter le célèbre sandwich local, le « Po’ Boy », courez à Parasol’s (2533 Constance St). Les plus gourmets opteront pour le Red Dog Diner (3122 Magazine St) ou Maya’s (2027 Magazine St).

Vous êtes alors prêts pour repartir à la conquête de la ville. Prenez le tramway sur Charles Street, qui vous déposera dans le mythique French Quarter, vestige de la colonisation française. Pour apprendre plus sur le sujet, faites un tour à The Historic New Orleans Collection (533 Royal St, gratuit, ouvert jusqu’à 4:30 pm et fermé le lundi). Vous pourrez traverser Jackson Square et sa statue d’Andrew Jackson (700 Decatur St), allant à la rencontre de ses diseuses de bonne aventure ; faire un crochet par the French Market, et errer dans les rues aux noms français en écoutant les groupes de jazz omni-présents en soirée. Nous vous recommandons de ne faire qu’un bref détour par la rue Bourbon, qui porte bien son nom. La musique et l’alcool lui donnent des airs de Las Vegas.

Un peu plus loin, un bar à l’aspect détonnant (il ressemble à une maison) vaut le détour : Lafitte’s Blacksmith Shop Bar (941 Bourbon St). Si vous avez besoin de reprendre des forces, dînez chez Meauxbar (942 Rampart St), Galatoire’s (209 Bourbon St) pour des classiques créoles ou l’italien Irene’s (539 St Philip St). Pour terminer en beauté, allez vous déhancher du côté de Frenchmen Street où les clubs de jazz sont légion (The Maison, The Spotted Cat, Three Muses…).

Jour 2

En cette deuxième journée, on vous recommande de louer un vélo pour explorer la ville, en long, en large et en travers. Pour cela, rendez-vous chez Arts District Bike Rental (1121 Margaret Pl, 20 dollars les 24 heures). La propriétaire des lieux vous prêtera des fixies parfaits pour cela.

Pour commencer la balade, vous pourrez longer le Mississipi ou la rue du tramway, Charles Street. Pédalez jusqu’à Audubon Park, qui doit son nom au célèbre ornithologue et peintre d’origine française Jean-Jacques Audubon. Vous pourrez errer au milieu de ses chênes majestueux, observer les poissons ou les canards.

audubon park

Poursuivez la balade en direction du Bayou Beer Garden (326 N Jefferson Davis Pkwy). Ce sera l’occasion de traverser les quartiers moins touristiques, et de découvrir la vraie Nouvelle-Orléans. Dans cet immense bar, vous pourrez déguster des bières en mangeant du poulet frit. Il illustre parfaitement la manière de vivre locale.

beer garden

S’il vous reste des forces (et que vous n’avez pas trop levé le coude), poussez jusqu’au City Park (1 Palm Dr), le sixième plus grand parc urbain des États-Unis. Ancien marécage asséché par les colons français, vous y trouverez la plus grande plantation de “Quercus virginiana” (une espèce de chênes à feuilles persistantes), âgés pour certains de plus de 600 ans. Il faudra évidemment y faire un crochet si vous êtes dans la ville à l’occasion d’Halloween : chaque année, le festival Voodoo Experience accueille une scène musicale riche.

Pour compléter la visite, redescendez vers le Vieux carré en prenant Esplanade Avenue : faîtes un arrêt par le cimetière immaculé de St Louis (3421 Esplanade ave), puis traversez le quartier de Treme qui a inspiré la série éponyme. Si vous avez le temps, laissez vous séduire par le BackStreet Cultural Museum (1116 St Claude St), situé dans la maison funéraire de Blandin. Ce lieu abrite la plus grande collection de costumes de Mardi Gras de la ville, brillamment colorés et fabriqués à la main par des artisans locaux. En face du musée, se trouve l’église Saint Augustine (où vous pourrez entendre du gospel le dimanche à 10 am).

Puis, il sera temps de rendre votre bolide. La soirée tombée, direction le quartier moins touristique de Bywater. Le bar Bacchanal Fine Wine & Spirits offre de déguster vins et fromages en écoutant des groupes locaux de jazz dans leur sublime cours. Un conseil : allez y tôt, le lieu est un spot apprécié des locaux.

Jour 3

Avant de quitter la Nouvelle-Orléans, il faut vous immerger dans la culture des Bayous. Suivant les budgets, plusieurs options s’offrent à vous. Vous pourrez découvrir le Jean Lafitte National Park Baratavia, et ses bayous sur pilotis (gratuit, 30 min en voiture environ). Sur les sentiers, vous pourrez guetter serpents, tortues et alligators qui nagent dans les cours d’eau. Les rangers proposent des activités pédagogiques.

Les plus gros budgets opteront pour la visite combinant la plantation de Oak Valley et une promenade dans le Bayou (à partir de 100 dollars, transport compris). Un mini-bus vous amènera à la plantation Oak Alley. Vêtu en costume d’époque, le personnel parle du propriétaire des lieux, Jacques Roman, et de sa famille, qui gérait cette immense plantation de canne à sucre au XIXe siècle, jusqu’à ce que la Guerre de Sécession mette fin à l’esclavage.

Puis, direction le Bayou pour un tour en “airboat”(peut se faire seul, à partir de 29 dollars, sans bus). Voguant sur les marécages, le guide vous fera prendre de la vitesse, montrant les coins préférés des alligators et les attirant avec des guimauves. Le temps de faire une photographie avec un bébé alligator, et le tour est joué. Le temps de quelques heures, on se sent comme “Crocodile Dundee”.

bayou

Après ces émotions, il faudra encore aller écouter du jazz. Alerte bon plan : d’avril à juin , le Louis Armstrong Park (dans le quartier français, encore) accueille « Jazz in the park » les jeudis. Sinon, pour terminer le voyage sur un festin, allez manger chez Jacques Imo’s (8324 Oak St). C’est loin du centre, mais les crevettes créoles ou le jambalaya vont vous marquer.