Touche pas à mon français

(Revue de presse) Français contre anglais : la guerre des langues divise le petit monde des intellectuels en France.

Le Washington Post s’est intéressé à la polémique sur le statut de la langue française, déclenchée par le projet de loi de Geneviève Fioraso, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Le texte vise à étendre les cours en langue anglaise au sein des universités françaises. Le projet a pour objectif d’attirer des étudiants et des professeurs étrangers “dans un pays qui se soucie tellement de sa langue qu’il possède un ministère entier pour la promouvoir, cela suffit à susciter un débat passionné à Paris – en français, naturellement“, ironise l’auteur de l’article.

Les traditionnels défenseurs de l’exception culturelle française sont fermement opposés à cette idée, “qui a suscité l’indignation culturelle et nationaliste – et pas seulement des intellectuels parisiens, mais aussi de plusieurs dizaines de membres du Parlement, de l’opposition ainsi que des socialistes, qui insistent pour que l’apprentissage du français fasse partie de l’expérience de tout étudiant étranger en France”, rappelle le journaliste.

Il cite Michel Serres, philosophe français fermement opposé au projet qui s’indigne que “l’enseignement en anglais nous réduirait à une nation colonisée dont la langue est écrasée par le colonisateur“.

Le New York Times en banlieue

Dans les banlieues parisiennes sensibles, on ne croit plus vraiment au miracle. Le chômage atteint les 22% et près de 30% des jeunes y sont sans emploi. Pourtant, le New York Times dresse cette semaine le portrait de jeunes de banlieues, issus de famille d’immigrés, qui ont réussi à s’en sortir en montant leur propre entreprise, souvent à partir de rien.

Le quotidien met en lumière le parcours de  Mourad Benamer, qui a grandi dans une famille marocaine peu aisée installée dans la banlieue parisienne de Bondy. Loin des clichés et des fatalités, le jeune homme de 36 ans détient désormais une chaîne de restaurants, Eat Sushi, dont le local principal se trouve sur les Champs Elysées. Pour la journaliste, cet entrepreneur est l’illustration de cette nouvelle génération de jeunes de banlieue en France qui veulent s’en sortir à tout prix par leurs propres moyens. “Pendant des décennies, les banlieues défavorisées de Paris et d’autres grandes villes françaises ont été des lieux de privation, en proie à la discrimination et la pauvreté. La France a longtemps promis d’améliorer le sort des populations de banlieue, souvent musulmanes“, précise l’auteure de l’article.

Et si le changement n’est pas vraiment au rendez-vous, “il y a tout de même une reconnaissance croissante sur le fait que les banlieues ne doivent pas être considérées comme un lieu de crainte, mais comme une source de dynamisme: plein de gens sont désireux d’y travailler et d’y réussir“, constate Majid El Jarroudi, un consultant marocain cité par le journal.

L’article revient également sur la discrimination positive, une notion que les Américains connaissent sous le nom d’affirmative action, qui s’impose progressivement en France. “Les organisations de banlieue qui font la promotion de la diversité ethnique ont été très actives sur le placement des minorités dans les programmes de mentorat et d’emploi dans les entreprises françaises qui rejetaient systématiquement les candidats portant un nom non-français“, rappelle la journaliste.

L’article s’empresse de conclure en dressant un parallèle entre l’entrepreneuriat français et américain, “comme la popularité de M. Hollande dégringole, et qu’il a du mal à extraire la France du marasme économique, une solution d’Etat aux problèmes des banlieues peut rester improbable. La France n’a rien qui corresponde à la Small Business Administration des États-Unis“, insistant sur le fait que les jeunes chefs d’entreprise de banlieue ont intérêt à prendre en main leur destin car ce n’est pas l’Etat qui sera en mesure de les aider.

Loi sur le mariage pour tous, enfin signée

Steven Erlanger du New York Times revient cette semaine sur la promulgation par François Hollande de la loi sur le mariage homosexuel. Le journaliste, rappelant que douze Etats des Etats-Unis ont déjà légalisé le mariage gay, applaudit l’aboutissement du projet de loi initié par le Président de la République. Il rappelle cependant que ” compte tenu de l’opposition et des problèmes économiques importants en France, M. Hollande veut aussi se concentrer sur d’autres changements importants et plus controversés dans la structure de l’économie française, comme les réformes des retraites et les coupes dans les dépenses“.

L’article mentionne également la ville de Montpellier “parfois appelée la San Francisco française“, qui a annoncé juste après l’adoption de la loi qu’elle célèbrerait le premier mariage homosexuel le 29 mai.

Le Grand Jerry Lewis

Enfin, un article du New York Times revient cette semaine sur l’admiration des Français pour Jerry Lewis, ce grand acteur, humoriste et réalisateur américain. Le festival de Cannes qui a débuté le 26 mai, a décidé d’honorer l’acteur en projetant la première de “Max Rose”, le dernier film de Daniel Noah dont il a occupé le premier rôle.

Pour la journaliste, cette adoration de Jerry Lewis en France est liée à l’Histoire du cinéma français. “Ce que les Français aiment dans Jerry Lewis l’acteur, scénariste et réalisateur, c’est son moi aux multiples facettes, le méta-récit et sa vitesse extrême, comme illustrés dans les films muets français. Il a fallu les ramener à leur histoire du cinéma“, écrit-elle.

L’acteur un peu “idiot”, souvent dans un jeu d’auto-dérision extrême, est perçu comme un clown aux Etats-Unis, même si son talent est reconnu. “Ce qui est drôle c’est que les Français semblent toujours surpris que leur passion ne soit pas universellement partagée, remarque la journaliste, la plupart des Américains ne réalisent pas que pour les Français M. Lewis représente l’archétype de l’Américain, un magnifique clown et un enfant hystérique“.