Washington, Obama, mariage gay: Gérard Araud en forme dans le NY Times

Maureen Dowd est inquiète. La célèbre journaliste du New York Times a rencontré l’ambassadeur de France aux États-Unis et elle est formelle : il ne serait qu’à « un verre de Beaujolais et une part de tarte » de faire voler en éclats sa carrière.

Pourtant, Gérard Araud est brillant. À 62 ans, il a gravi les échelons du ministère français des affaires étrangères en passant par les postes d’ambassadeur en Israël et à l’ONU.

Mais maintenant qu’il est ambassadeur de France aux États-Unis, la journaliste estime qu’il a abandonné toute prudence. Au diable les convenances, l’ambassadeur ne se prive pas de dire ce qu’il pense. « C’est vrai que je prends des risques, mais c’est mon dernier poste et je suis au plus haut poste de ma carrière. Donc je peux me le permettre » , se défend-il.

Dans un article du 7 novembre, Vogue avait mis en avant l’homosexualité de l’ambassadeur, ce “diplomate hors norme . Dans celui du New York Times daté du 6 juin, c’est surtout sur le côté 2.0 de l’ambassadeur que s’attarde Maureen Dowd.

« Je suis un peu une grande gueule »

Selon elle, Gérard Araud a inventé une nouvelle forme de diplomatie numérique, comme une technique de drague adaptée à une génération hyperconnectée. « Si au Moyen-Age, Charlemagne devait envoyer des messagers pour réciter au Pape des textes appris par cœur en latin, @GerardAraud peut se contenter d’envoyer 140 caractères à @Pontifex », souligne t-elle.

Une sorte de « révolution française numérique ». Il lui arrive ainsi de s’emporter contre la politique internationale américaine. « Si j’étais l’ambassadeur aux États-Unis, répétant chaque jour à quel point La Fayette était génial et combien l’amitié entre les deux pays est formidable, je ne suis pas sûr que ça serait d’une quelconque utilité. Non, le diplomate doit être plus sincère, ce qui est aussi plus dangereux. Il y a tellement de pollution sonore que dans un sens, pour être entendu, il faut crier un peu ». Ça tombe bien, l’homme se dit lui-même « grande gueule » .

L’homme qui tweetait

« Au début, j’étais un outsider parce que je viens de la classe moyenne inférieure d’une ville de province. Or, (la diplomatie) est un milieu où les Parisiens sont majoritaires », raconte l’ambassadeur d’origine marseillaise. « Et aussi parce que je suis gay, ajoute-t-il, j’ai toujours eu l’impression de ne pas complètement rentrer dans le moule ».

« Stupéfait et blessé » par les réactions violente à l’adoption de la loi sur le mariage homosexuel en France, le diplomate est devenu « militant ». Il utilise son compte twitter comme un outil de « propagande », retwittant de savoureuses images de la France et corrigeant régulièrement le “French Bashing”. « Les Français croient que les Américains meurent dans la rue parce qu’ils n’ont pas de sécurité sociale. Les Américains voient la France comme un pays socialiste chaotique. En fait, chacun a un peu raison » .

“Obama est un mystère”

En mars, il tweete « Iran. Nous (la France) voulons un accord. Ils (les États-Unis) ont besoin d’un accord. Les discussions et résultats autour de ces négociations devraient faire ressortir des tensions ». Un tweet qui ne plait pas au Secrétaire d’État John Kerry. Mais l’ambassadeur ne s’est pas arrêté là, il a assuré plus tard qu’à ce rythme-là, « les négociation n’aboutiraient pas avant la fin du mois de juin, peut-être même après le mois de juin ».

Gérard Araud est comme ça. Irrévérencieux et franc. Beaucoup trop, semble penser Maureen Dowd. Après plusieurs mois à Washington, Gérard Araud lui assure qu’Obama est toujours pour lui un « mystère ». Il se justifie : « Pour nous (Français), il était un second messie. Après George W., c’était facile ».

« Des pantalons trop larges à l’entrejambe »

Gérard Araud s’en prend ensuite à Washington comme ville et non plus comme force politique. Il la trouve « provinciale » avec ses dîners à 6:30pm et ses employés aux costards tristes avec des « pantalons trop larges à l’entrejambe tombant et sans imagination dans les couleurs ». En dehors du bureau, c’est encore pire, « ils prennent le premier jeans qu’ils trouvent. Ils s’en fichent ».

Avant son départ, la journaliste lui demande directement: est ce que De Gaulle aurait twitté ? « Non, répond Araud, il croyait que le pouvoir devait garder du mystère ». Vraiment, elle est très inquiète.