Je suis Français et, oui, j’aime le foot américain

Xavier Emery fait partie de ces Français passionnés de foot américain

Dimanche 4 février, c’est jour de Super Bowl entre les Philadelphia Eagles et les New England Patriots.

Si vous êtes plus intéressés par les pubs ou le show de la mi-temps avec Justin Timberlake, que vous employez des expressions malheureuses comme “la finale du Super Bowl” et que vous ne comprenez pas “pourquoi les joueurs s’arrêtent tout le temps“, vous risquerez fort d’avoir besoin de quelqu’un comme Xavier Emery à portée de main.

Cet ancien joueur de football américain qui a joué deux ans en équipe de France et un an en semi-pro à LA, n’hésite pas à monter au créneau quand il lit des articles qu’il juge approximatifs sur son sport favori dans French Morning et ne rechigne pas à l’idée de mouiller le maillot pour faire de nouveaux adeptes. « Aucun souci pour en parler. Je pourrais le faire pendant des heures. C’est un challenge plutôt motivant que d’essayer de faire connaitre ce sport. Bien sûr, je préfèrerais ne pas avoir à présenter mon sport mais il y a aussi un charme certain à être différent ».

Employé dans une banque à New York, il découvre le foot US à 15 ans lors d’un échange scolaire du côté de Houston. « Grand, balèze, mais pas très rapide, j’ai trouvé un sport fait pour moi mais aussi où toutes les morphologies ont leur place. Et de cette complémentarité entre les joueurs nait un esprit d’équipe incroyable, proche de la famille.»

En plus de l’esprit collectif, sa passion s’est développée avec la pratique. « On dit que c’est un sport de combat collectif où chaque joueur est un maillon de la chaîne. Chaque action est divisée en un ensemble de tâches uniques effectuées chacune par un joueur bien précis. »

Dans sa colocation de quarante personnes, difficile pour Cyrille Bourdeaux, ancien étudiant à l’Université du Michigan à Ann Arbor, d’échapper à la ferveur du “touchdown”. « Il y avait un grand écran où tout le monde se réunissait pour suivre les matches. Quand j’ai compris les règles, j’ai réalisé qu’il y avait une réelle stratégie », explique ce Français de 27 ans installé à San Francisco. Il a très vite eu envie d’aller au bord du terrain. « J’ai pris une claque. Les Michigan Wolverines ont le deuxième plus grand stade du monde après Pyongyang : 118.000 personnes ! L’ambiance est incroyable, c’est plein à craquer tous les samedis de l’automne », se remémore l’expatrié.

Pour ces Français passionnés, partager leur amour de ce sport avec d’autres Français n’est pas toujours facile. Même s’il fait de plus en plus d’adeptes, le foot américain peine à s’exporter. Sa présence en Europe est liée historiquement à l’existence de bases militaires américaines.

Si les règles rebutent nombre de Français, Jonas, économiste au Fonds Monétaire International converti au football américain car il ne pouvait pas suivre les matches de soccer à Washington, l’a joué autodidacte, avec un œil sur Wikipedia. « Pour les règles de base, ce n’est pas compliqué. Après, il y a encore des trucs que je ne maîtrise pas comme les “pass interference”, mais dans un an je serai au top. »

Souvent seul à défendre son nouveau sport d’adoption face à ses compatriotes, Jonas assume : « Le foot, c’est un mélange de violence et de stratégie, et c’est pour ça que c’est bien ».

« Tous reprochent à ce sport d’être trop violent et beaucoup trop saccadé avec des matches qui s’éternisent, et quand il s’agit d’expliquer les règles, je ressens alors un grand moment de solitude », reconnait Ronan Colin, 36 ans, en charge du centre opérationnel d’un armateur français à Miami. Il a eu l’occasion de se familiariser avec ce sport en intégrant l’une des équipes de Seine-Saint-Denis lorsqu’il était étudiant.

Malgré tout, il n’a jamais perdu sa passion. Et forcément, ce fervent supporter des Patriots de la Nouvelle-Angleterre attend avec impatience la finale du championnat. « C’est également l’ambiance qui me plait. Se retrouver entre amis avec quelques bières, tous maquillés aux couleurs de notre équipe, et même si nous ne supportons pas la même, on se contente de se charrier, bien loin de l’animosité qu’il peut exister entre supporters dans le football français ».

« L’intérêt des Français aux Etats-Unis pour le foot US dépend grandement de là où ils habitent. Ce n’est pas la même chose au Texas où c’est une quasi-religion qu’à New York où il n’y a pas de grande fac de football, conclue Xavier Emery. Les Français sont tout à fait ouverts mais le problème est qu’ils partent de tellement loin qu’il faut repartir de la base quand on leur explique. »

Avec Hugues de Saint-Quentin (Austin), Rémi Gaggioli (Washington), Klervi Drouglazet (San Francisco) et Grégory Durieu (Miami)