Il fait du “street art” à Long Beach, la police l’interpelle

« A 22 heures, j’étais sur le toit de la station-service pour filmer ce que j’avais créé puis j’ai vu des lumières bleues et rouges et entendu un hélicoptère qui tournait au-dessus de moi. Lorsque l’hélicoptère a allumé sa lampe-torche, j’ai compris que c’était la police ».

Pistolet qui aurait servi à l'assassinat de François Ferdinand d'Autriche.
L’oeuvre de Pierre Douaire

Interpellé par la police de Long Beach (Californie) le 18 juillet alors qu’il agrafait des feuilles de papier sur le toit d’une station-service, l’artiste français Pierre Douaire n’en revient pas. Son tort: «Je voulais représenter le pistolet qui a été utilisé lors de l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand », explique-t-il. L’artiste français a entamé une série intitulée « Shoot me again » pour parler des violences liées aux armes à feu, notamment aux Etats-Unis. « Mais j’inverse le canon des pistolets pour montrer l’image d’une nation qui se suicide ».

« Ici vous êtes à Long Beach »

Il dit avoir discuté pendant dix minutes avec la police. “J’ai proposé de tout enlever et je leur ai montré les photos des autres œuvres d’art que j’avais réalisées”, notamment celle du taureau de Wall Street à New York. La police new-yorkaise lui avait donné la permission de recouvrir l’animal de ballons. « Ici, vous n’êtes pas à New York, vous êtes à Long Beach, a répliqué un policier. Ils m’ont confisqué mon appareil photo, mon téléphone, mon micro, mon trépied et un objectif supplémentaire car ce sont des pièces à conviction ».

Privé de son moyen de travail, l’artiste contacte le Consulat, qui ne veut pas s’immiscer dans l’affaire judiciaire en cours au risque d’ingérence, avant de finalement prendre un avocat. « J’ai commis un crime d’Etat. Le graffiti est considéré comme du vandalisme en Californie, cela relève du pénal. J’ai appris par la suite qu’il y avait eu à Long Beach beaucoup de gangs liés au graffiti et que la police est donc sans compromis sur ce crime. Mais ce que je fais n’est même pas du graffiti, c’est comme du post-it, les feuilles de papier sont agrafées, ce n’est pas permanent », se défend l’artiste.

« Je ne suis pas une victime »

« J’étais confiant suite à mon expérience à New York, cette interpellation a donc été une vraie surprise pour moi. Mais je ne suis pas une victime. Je sais que ce que je fais n’est pas autorisé. D’habitude, j’arrive à m’arranger avec la police. Aux Etats-Unis, il faut demander une autorisation et je ne l’ai pas fait. La seule chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi la police de la ville est intervenue alors que je travaillais dans un espace privé », poursuit l’artiste.

Le jugement de Pierre Douaire aura lieu le 16 octobre, date à laquelle il pourrait récupérer son matériel « après avoir payé  une amende qui se situerait entre 500 et 1.500 dollars, précise-t-il. Mais vous reverrez bientôt le panneau sur lequel je travaillais, promet-il. Il exposera en effet son œuvre en papier à Sarajevo en 2014 pour commémorer le centenaire de l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand d’Autriche.

Crédit : Stéphane Grangier