Start-ups : avoir recours à des investisseurs externes ou pas ?

A PROPOS DE L'AUTEUR

Anne Busquet - 5071 (2)

Anne Busquet est présidente d’AMB Advisors, directrice générale à Golden Seeds LLC.

Professeur adjoint à Columbia Business School, elle est aussi directrice du French-American Entrepreneurship Award.

Quand un entrepreneur me présente son projet, je lui pose toujours cette question : pourquoi êtes-vous à la recherche d’un financement externe ? Leur réponse est parfois surprenante.

Il me semble évident, en tant qu’investisseur, que la réponse devrait incorporer la notion de rachat de l’entreprise à un moment donné dans le futur, afin d’offrir un retour aux investisseurs.

Les jeunes entrepreneurs ne pensent pas toujours de cette manière.

Pour savoir si vous devez prendre un financement externe ou non, vous devez vous poser trois questions.

1. Êtes-vous prêts à renoncer à une part de capital en échange de liquidité immédiate ?  

Ok, vous avez eu une idée de génie. Mais vous aurez besoin de développer le concept, construire des prototypes, tester le marché – et tout ce qui s’en suit pour créer votre entreprise.

Pour votre financement initial, vous pensez aux amis, à la famille et d’autres investisseurs peu sophistiqués. Vous pouvez aussi avoir recours à vos cartes de crédit, qui ne sont rien d’autre que des dettes à court-terme mais qui ont des taux d’intérêts très élevés.

Récemment, un certain nombre d’entrepreneurs ont connu du succès grâce au crowd-funding (financement participatif), pour obtenir de l’argent en échange d’un produit, de dettes ou de titres.

Vous pouvez aussi avoir recours aux fonds de venture capital ou aux business angels.

Ces sources de financement, à part les prêts, nécessitent de céder une partie du capital de l’entreprise. Êtes-vous prêts à accepter cela ?

2. Quelles sont les motivations derrière votre recherche de financement ?

La recherche de financement peut être très séduisante. Les entrepreneurs ont l’impression que leurs idées et leur dur labeur sont validés dès lors que des tiers marquent un intérêt pour le projet.

Mais il ne vaut pas oublier le point de vue des investisseurs: ceux-ci financent des entreprises pour obtenir un retour sur investissement.

Beaucoup de start-ups obtiennent leur premier financement de la part d’angel investors. Ces derniers partent d’un point de vue qu’il faut comprendre : 70% des entreprises dans lesquelles ils investissent échouent. Les autres 30% finissent par être rachetées.

Ainsi, les investisseurs cherchent à obtenir un rendement de dix fois leur mise, au minimum, sachant que seules trois entreprises sur dix réussiront.

Vos motivations dans la recherche d’un financement externe correspondent-elles a celles des investisseurs ?

3. Comprenez-vous la relation entrepreneur-investisseur ?

Si vous acceptez l’argent d’un investisseur, vous devrez créer un conseil d’administration.

L’ultime contrôle de l’entreprise restera entre les mains du conseil, qui sera en charge de prendre toutes les décisions importantes, y compris celle du salaire du PDG, la décision de vendre, etc. Acceptez-vous la responsabilité et les obligations envers vos investisseurs qui en découlent ?

La recherche de financement ou non trouve sa réponse dans vos objectifs, lors de la création de l’entreprise. Aviez-vous en tête un rôle particulier dans la direction de l’entreprise ? Vous voyez-vous travailler pour un patron ? Aviez-vous une idée révolutionnaire, et vouliez-vous résoudre un problème particulier ? Vouliez-vous créer le prochain Google ou Happy Baby ?

Peut-être souhaitez-vous créer une entreprise dont le seul but est de vous assurer un certain niveau de vie : un “lifestyle business”. Cet idéal est construit et géré par des des entrepreneurs, dans l’unique but d’être leur propre patron, de préserver leur liberté et garantir leur niveau de vie idéal, ni plus ni moins.

Finalement, cela revient à se demander une chose : quel est le style de vie que vous recherchez. Si vous n’avez pas la réponse à cette question, c’est justement sur ce point qu’il faut concentrer votre réflexion. Créer une entreprise flexible, selon vos règles, c’est peut être justement l’idéal qu’il faut conquérir…

J’ai moi-même fait l’erreur d’investir dans un « lifestyle business », une entreprise qui avait connu le succès espéré, à la satisfaction de l’entrepreneur mais qui n’avait aucune intention de vendre et d’obtenir une sortie pour ses investisseurs.

J’ai appris à mes dépends qu’il aurait fallu soit obtenir le contrôle du capital au moment de l’entrée d’investisseurs externes, ou tout du moins du conseil d’administration.

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Le French American Entrepreneurship Award annoncera sa première sélection d’entreprises le 14 mars. Plus d’informations ici.

A PROPOS DE L'AUTEUR

Anne Busquet - 5071 (2)

Anne Busquet est présidente d’AMB Advisors, directrice générale à Golden Seeds LLC.

Professeur adjoint à Columbia Business School, elle est aussi directrice du French-American Entrepreneurship Award.