Solstiss, le dentellier français de “Gatsby”

Cheveux courts au carré, perles pendantes aux oreilles, l’actrice Carey Mulligan, aka Daisy Buchanan, porte une robe de dentelle rose embellie de pétales d’organza.

Cette affiche de “Gatsby le Magnifique”, le dernier film de Baz Luhrmann adapté du roman de Francis Scott Fitzgerald, Sandrine Bernard l’a accrochée à l’entrée de son bureau new-yorkais. La dirigeante de Solstiss a le sourire : la sortie du long-métrage, vendredi 10 mai aux États-Unis, couronne deux années de collaboration du dentellier français avec la super-production australo-américaine. « Une expérience extraordinaire » confie-t-elle.

Peu connues du grand public, les dentelles haut de gamme de Solstiss sont pourtant de tous les grands mariages royaux. La marque a notamment fourni les 25 mètres de dentelle à la Maison McQueen pour la robe de mariée de Kate Middleton en 2011. Cette même année, Solstiss a obtenu le label Entreprise du patrimoine vivant pour son “savoir-faire traditionnel et industriel”. Un art du tissage préservé depuis 1974, date de la création de la société dans le nord de la France. « La technique est celle de 1804 » précise Sandrine Bernard. « L’électricité a certes remplacé le charbon, mais les machines à tisser sont les mêmes. » Des machines uniques dites “Leavers” – du nom de l’inventeur anglais au XIXe siècle – qui ne sont plus fabriquées aujourd’hui. Solstiss en possède le plus grand nombre au monde, 114, dans ses usines de Caudry, près de Cambrai.

Cristaux, perles et plumes : l’exubérance des années folles

Sandrine Bernard, directrice de Solstiss USA
Sandrine Bernard, directrice de Solstiss USA

Le long des quatre murs du bureau de Sandrine Bernard, 8.000 modèles sont suspendus en rangs serrés. C’est là que Catherine Martin, la costumière en chef du film “Gatsby le Magnifique” et épouse du réalisateur, est venue faire son choix début 2011, entourée de son équipe. « Elle a regardé tous les modèles, elle savait exactement ce qu’elle voulait. C’était fabuleux de la regarder faire. » Après des heures d’examen minutieux, Catherine Martin a retenu 210 dessins, aux motifs floraux et géométriques.

En tout, 1.400 mètres de dentelles ont été livrés, des simples et des rebrodées, embellies de sequins, cristaux, perles, paillettes, métaux et plumes. Un rafinement dans le détail pour marquer l’exubérance des années 20. « Il y a eu des commandes spéciales, comme la dentelle de l’affiche. Nous l’avions en blanc, ils la voulaient en deux autres couleurs », rose pour la photo de Carey Mulligan et ivoire pour le film. Reteinter une dentelle prend quatre semaines, le double pour créer un nouveau modèle. « Entre les commandes et la dernière livraison, sept mois se sont écoulés ». Les dentelles ont ensuite été envoyées en Australie, pays natal du couple Luhrmann-Martin, pour la fabrication des robes, dessinées, pour la plupart, par les créateurs de Prada et de Miu-Miu.

Le montant du contrat reste secret mais c’est évidemment une très grosse commande pour l’entreprise qui réalisait l’an dernier un chiffre d’affaires de près de 20 millions d’euros. Difficile de faire une estimation tant les prix varient d’une dentelle à l’autre : de 30 dollars le yard (91,44 cm) pour un tissage simple à plus de 500 dollars pour un travail d’embellisement. Solstiss travaille depuis longtemps avec les designers de Ralph Lauren, Michael Kors, Oscar de la Renta et de Marc Jacobs entre autres. Et “The Great Gatsby” n’est pas son premier film : l’entreprise calaisienne a participé à “Adèle Blanc-Sec” de Luc Besson il y a 3 ans, au dernier James Bond “Skyfall” et aux deux “Hunger Games”. La robe de mariée de l’héroïne de “Twilight”, c’est encore Solstiss. « Mais Gatsby a constitué le plus gros travail, précise Sandrine Bernard. Neuf scènes de bal, c’est imposant ! »

La directrice de Solstiss USA était à l’avant-première, le 1er mai à New York, et a beaucoup aimé le résultat : « C’est un très beau film, et pour cause : il y a de la dentelle Solstiss partout. Je n’ai jamais vu autant de robes en dentelle en 2 heures et 23 minutes ! »