Ses salles de sport fermées, il se lance dans les tenues médicales

Benjamin Chemla avec Rachel Rothenberg-Saenz et Amy Tiefermann, deux fondatrices de Garment District for Gowns / photo: Alexis Buisson

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Pour soutenir Garment District For Gowns, la page GoFundMe

En ce début d’après-midi, l’entrepreneur Benjamin Chemla roule dans un New York qui tourne au ralenti. Dans la voiture, sa fiancée Rachel Rothenberg-Saenz et une de ses collègues, Amy Tiefermann. Avec Alexandra Baylis, l’une de leurs collègues chez le créateur Oscar de la Renta, les deux femmes sont les fondatrices de Garment District For Gowns, une initiative qui vise à fabriquer et équiper les soignants de tenues médicales, équipements qui manquent encore cruellement à New York. La joyeuse équipe doit rejoindre rapidement un grand hôpital de Crown Heights pour lui livrer une boite de vêtements. “On est fatigués, mais on sait que cette fatigue permet de faire une différence“, confie Rachel Rothenberg-Saenz.

Benjamin Chemla s’est retrouvé embarqué dans l’aventure après être lui-même tombé malade du Covid-19 à la mi-mars. Après avoir décidé, avec “39,8 degrés de fièvre“, de fermer ses deux salles de sport FitHouse et de mettre en place des séances de sport en ligne, ce serial entrepreneur, pionnier de la livraison au dernier kilomètre en France (il a notamment fondé la plateforme de livraison Stuart en 2015), a mis ses instincts au service du projet de sa compagne.

Appels à la FDA, identification des besoins, livraisons: le trentenaire, doté des anti-corps découlant du virus (il a été testé), ne ménage pas sa peine. “Quand ma fièvre est retombée, je me suis dit: dans dix jours, tu seras guéri. Comment peux-tu te mettre au service de la société ?, se souvient-il. J’ai regardé le don de plasma ou la possibilité de faire des livraisons avec Invisible Hands. Le monde était à l’arrêt. Il n’y avait plus de business. Je n’avais pas le droit de rester chez moi”.

Lui et sa fiancée vont décider de se lancer dans la production de tenues de protection après une conférence de presse du gouverneur de l’Etat de New York Andrew Cuomo. “Il a dit que les besoins en blouses médicales étaient estimés à 20 millions mais que l’Etat n’en avait que 145 000 dans son stock”, explique-t-il. Cruelle coïncidence: le jour de la mise en ligne d’une page GoFundMe destinée à financer l’opération, il découvre les images d’infirmières de Mount Sinaï obligées de porter des sacs poubelles pour se protéger, faute d’équipements adaptés.

Grâce aux contacts de sa fiancée et de ses collègues, l’opération se met en place. Les fondatrices mettent la main sur des rouleaux de tissu étanche et réutilisable utilisé en temps normal par l’armée. Elles mobilisent 60 couturiers qui acceptent de faire l’assemblage chez eux. Mais face aux défis logistiques de l’affaire, elles décident de se tourner vers les ateliers du Garment District, près d’Union Square, et font rouvrir trois ateliers de coupe et de couture dans ce quartier connu pour la confection de vêtements. Au total, la chaine de production mobilise environ 140 personnes, en comptant deux autres ateliers à Brooklyn et Baltimore.

Avant la livraison, les tenues arrivent dans les locaux de FitHouse à Union Square, où elles sont empaquetées par des volontaires au milieu des altères. “C’est super de voir ce lieu fermé reprendre vie“, explique Benjamin Chemla, qui a dû mettre ses cinquante employés en chômage partiel.

Aujourd’hui, Garment for Gowns tourne à plein régime, mais veut encore augmenter la production pour atteindre 30 000 blouses par semaine (soit 100 fois plus que leur série initiale). L’équipe livre les grands hôpitaux new-yorkais et les maisons de retraites. Les fondatrices ont même été contactées par la SPA américaine, la RSPCA, qui elle aussi manquait d’équipements.

Benjamin Chemla assure les livraisons plusieurs fois par semaine. “Il y a un décalage entre la taille de ces groupements d’hôpitaux et le fait qu’ils peuvent avoir des centaines de soignants sans blouses médicales. Ils vont aussi réutiliser le même masque. J’ai parfois l’impression d’être au Moyen-Âge, raconte-t-il. Mais cela ne les empêche pas d’être toujours très souriants, très humains“. Les besoins restent importants. “Ça ne ralentit pas du tout. Nous avons toujours beaucoup de demandes. L’exposition des personnels au Covid-19 reste le même. On est sur deux mois de nécessité. Les tenues doivent être renouvelées constamment“, souligne-t-il. Garment District For Gowns veut aussi poursuivre sa production pour reconstituer les stocks en vue d’une possible seconde vague de contaminations. “Chaque tenue que nous faisons, explique le Français, c’est un sac poubelle en moins pour le personnel médical“.

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