A San Francisco, une coloc’ d’entrepreneurs qui veulent changer le monde

Les locataires de Serendipia Nest

A deux pas de l’effervescence de Washington Square, North Beach et Chinatown, on tombe sur une petite entrée discrète, sur laquelle sont affichés les noms des occupants de l’endroit.

En retrait de Union street, cette maison victorienne de San Francisco accueille de jeunes entrepreneurs venus de Belgique, Lituanie, Allemagne, Algérie, Vénézuela ou bien des Etats-Unis. Bienvenue chez Serendipia Nest, une colocation qui vise à rassembler des jeunes patrons de start-ups sous le même toit.

A l’origine de Serendipia Nest, deux hommes : le Belge Jean-Loïck Michaux et le Lituanien Louis Mikal. Jean-Loïck Michaux, 25 ans, a lancé en 2014 Serendipia Network, un réseau destiné à faciliter l’échange d’idées et les rencontres entre entrepreneurs au cours de meet-ups.  Fort de plus de 300 membres, le réseau “veut s’attaquer aux grands problèmes de société: l’éducation, le développement durable. Créer une nouvelle application pour réserver son billet de train, ce n’est pas notre but.”

Louis Mikal et Jean-Loick Michaux, fondateurs de Serendipia Nest
Louis Mikal et Jean-Loick Michaux, fondateurs de Serendipia Nest

Désirant prolonger leur aventure américaine, Jean-Loïck Michaux et Louis Mikal cherchent un projet qui leur permettait de rester à San Francisco. Jean-Loïck Michaux travaille quelques temps pour Outsite, une start-up de co working fondée par un compatriote belge à Santa Cruz, et décide de lancer son propre concept à San Francisco, avec les fonds avancés par sa famille et ses amis. Louis Mikal le rejoint, et Serendipia Nest accueille ses premiers résidents début mai 2016.

L’hospitalité à l’européenne

Serendipia Nest offre un espace de co-working au rez-de-chaussée, et quatre chambres partagées à l’étage. Le loyer mensuel est de 1.200 dollars, charges et wifi compris, un tarif presque imbattable à San Francisco. “Le prix exorbitant des loyers a contribué au succès immédiat de Serendipia Nest”, reconnaît Jean-Loïck Michaux, qui affiche complet jusqu’en septembre.

Pourquoi North Beach ? “La qualité de la vie est très importante pour nous: les espaces verts de Washington Square pour s’aérer sont tout proches, on peut aller courir sur le front de mer, et nous sommes à deux pas des meilleurs cafés pour rencontrer des investisseurs”, détaille Louis Mikal. “Nous voulons proposer l’hospitalité à l’européenne”, renchérit Jean-Loïck Michaux. “J’ai vécu dans des hacker houses dans le quartier de Soma, qui est sale et pas très accueillant.”

Chaque candidature pour rejoindre la colocation est passée au crible. “Nous en avons reçu près de 50, et nous choisissons les locataires qui partagent nos valeurs.” Une attitude positive, l’ouverture d’esprit, l’envie d’apprendre et le souci des générations futures sont les piliers de la bonne entente au sein de Serendipia Nest.

Autour des tables de travail communes, chacun est concentré derrière son ordinateur, s’interrompant parfois pour rebondir sur une idée lancée par un autre locataire. “On apprend énormement au contact des autres: on peut soumettre une idée et avoir un retour constructif et immédiat des autres locataires”, explique Patrick Daniel, diplômé d’Harvard et de la London School of Economics, et co-fondateur de Future Society, un groupe de réflexion sur l’impact et l’intégration des nouvelles technologies dans la société.

Joe McKinney, qui se définit comme anarchiste, a créé Proudsource, une start-up qui permet aux classes les moins aisées d’investir grâce au crowdfunding. Etudiant à l’université Hult, Rafik Mohammadi, originaire d’Algérie, est le premier stagiaire de Serendipia Nest, en charge de développer la nouvelle idée de Jean-Loïck Michaux,  Serendipia Sense Lab. En effet, avec les premiers bénéfices dégagés par la colocation, ce dernier a loué le garage attenant à la maison, et souhaite en faire un espace de rencontres et de débats.

Plus prosaïquement, la construction d’un nouveau barbeque est aussi à l’ordre du jour. En attendant de changer le monde…