Selon Vox, voici pourquoi les Français manifestent autant

Les Français passent leur temps à manifester. Dans un article publié le 6 juillet sur le site d’information Vox, le journaliste Zack Beauchamp se penche sur ce cliché.

La première question qu’il faut se poser est : “est-ce vrai?” La réponse n’est pas évidente, selon le journaliste, qui s’appuie sur des chiffres rapportés par le site d’information The Local : “Selon la façon dont vous regardez les chiffres, la France est soit dans la moyenne européenne en terme de manifestations, ou tout en haut dans des données telles que le nombre de manifestations et de journées de travail perdues à cause des grèves.”

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En revanche, il est clair pour lui que les manifestations “sont plus importantes et visibles dans la vie politique française que dans n’importe quel autre pays développé” . Merci Uber!

Zack Beauchamp revient sur les origines de cette tendance. Il montre que cela vient des « charivaris » , ces manifestations de rue qui ont éclaté dans les années 1780, autour de la révolution française, quand des groupes de jeunes hommes allaient frapper aux maisons d’individus ayant commis une faute morale – “une relation extra-conjugale par exemple” . Ils leur demandaient de l’argent ou les forçaient à fuir la ville.

Avec le temps, ces réunions sont devenues de plus en plus politiques. “La colère des manifestants n’était pas uniquement tournée contre l’autorité locale, mais contre la politique nationale qu’elle représentait” .

Les syndicats sont « parano »

Pour le journaliste, les syndicats ont renforcé ce phénomène. Il note ce qu’il appelle “la nature paradoxale des syndicats français” : nos syndicats sont « forts et faibles » en même temps. Seulement 8% des travailleurs français sont syndiqués, mais la loi française confère aux représentants syndicaux un rôle “étendu” dans le management des entreprises.

Parce que les syndicats doivent tellement de leur pouvoir non pas au nombre de leurs membres mais à des lois favorables qui peuvent être abrogées théoriquement à tout moment, ils sont parano. Ils veulent davantage combattre une politique dans le présent que dans le futur, car ils ne sont pas sûrs de pouvoir le faire demain” .

La faute des patrons aussi

Le fait que les syndicats français sont parano ne veut pas dire que personne ne veut leur peau. Les entreprises connaissent leur faiblesse, et donc les négociations commencent souvent sur une ligne dure, ce qui encourage les syndicats à organiser des manifestations violentes plutôt que d’essayer d’en découdre à la table des négociations” .

Mais Zack Beauchamp rappelle aussi que les travailleurs français ont obtenu le droit de grève bien avant le droit de se syndiquer. “Ce qui veut dire que la France a développé une tradition de grève et d’activisme bien avant qu’une hiérarchie syndicale se mette à négocier pour eux. La grève était un premier recours, plutôt qu’un dernier, et d’une certaine manière, c’est toujours dans le muscle de la mémoire” .