Seconde Guerre mondiale: la course pour décorer les vétérans américains

Une cérémonie de remise de la Légion d'honneur au consulat de France à New York / crédit: consulat de France à New York

Le 6 juin 1944, 73.000 Américains participaient au Débarquement allié en Normandie. Soixante-quinze ans plus tard, la France est engagée dans une course contre la montre pour décorer de la Légion d’honneur ces vétérans américains de “D-Day”, et tout ceux qui ont contribué à la libération de l’Europe, avant qu’ils ne disparaissent.

« Les Texans ont fourni d’importants contingents de soldats qui ont combattu sur le sol français. En plus de tisser le fil historique de l’amitié entre la France et les États-Unis, ces décorations permettent d’honorer le sacrifice de ces soldats », explique Alexis Andres, consul général de France à Houston. Son consulat a été particulièrement actif dans la remise de ces décorations. Il décorera six anciens combattants le 6 juin lors d’une cérémonie à bord du cuirassé historique USS Texas à Houston.

Localiser ces anciens combattants n’est pas chose aisée. « Le plus difficile est de les trouver », explique Marie-Laure Reed, assistante du Consul général de France à Houston, en charge des dossiers de remise de la Légion d’honneur. « Nous travaillons avec les services des vétérans américains mais eux-mêmes sont dans l’incapacité de nous fournir des noms car le système est extrêmement morcelé. Nous sommes donc dépendants des démarches spontanées de la part des familles qui contactent les services de l’ambassade de l’État où ils résident. Cela se passe beaucoup par le bouche-à-oreille, par l’intermédiaire d’autres anciens combattants, en particulier lors des cérémonies. »

Car pour postuler à la Légion d’honneur, il faut remplir des conditions particulières et fournir des justificatifs. « Il faut avoir participé à la campagne de France. Il y a des vérifications assez poussées, notamment sur le plan géographique pour attester de leur présence au front”. Chaque ancien combattant doit présenter son “honorable discharge”, document qu’il reçoit quand il quitte l’armée et qui retrace l’ensemble de ses faits d’armes.

Etant donné leur âge avancé, ils ne sont plus si nombreux. Il n’est donc pas toujours simple de les faire venir, en particulier dans un État grand comme le Texas. « L’enjeu principal est le lieu de la cérémonie car tous ne peuvent pas se déplacer. En plus du voyage, la charge émotionnelle du souvenir est très forte ce qui rend l’expérience très fatigante pour ces vieux messieurs. Il y a trois ans, un des vétérans honorés est mort la veille de la cérémonie », se souvient Marie-Laure Reed.

Dans le Connecticut, l’ancien avocat Jean-Pierre Lavielle a décidé lui-même de partir à la recherche de ces héros et de les aider à remplir leur dossier de candidature. Fils d’un ancien combattant qui a rallié la France libre en 1942, ce passionné d’histoire est parvenu à en trouver 17 en passant des annonces dans la presse locale et en contactant des associations de vétérans. Sur les 17, seuls cinq ont été décorés. “Ils sont surpris. Certains m’ont dit que cela ne les intéressait pas”. 

D’autres ne savent pas qu’ils sont éligibles ou ne parlent pas de leur participation dans le conflit à leurs proches, ce qui rend leur localisation encore plus compliquée. “C’est une autre génération. Ils n’avaient pas l’habitude de se plaindre. La guerre leur rappelle de mauvais souvenirs. La libération de l’Europe n’a pas été un moment romantique“.

Malgré les revers, Jean-Pierre Lavielle dit éprouver pour ces hommes une “grande admiration et affection. Même ceux qui ont refusé ont été très touchés par ma démarche“. Aujourd’hui, il a cessé ses recherches. Son regret: que les membres d’unités non-combattantes, comme les infirmières et les chapelains, soient exclus des critères d’éligibilité pour la Légion d’honneur. “C’est toujours un grand regret, dit-il, mais je comprends qu’on ne peut pas la transformer en gadget“. Et de suggérer de créer une autre médaille pour ses personnels qui ont participé à l’effort de guerre.

En Floride, ils sont aujourd’hui plus de 1.500 anciens soldats américains ayant participé à la libération de la France pendant la Seconde guerre mondiale à être distingués de la Légion d’honneur. « Même si les recherches peuvent être parfois longues, nous avons réussi au fil du temps à tisser un vaste réseau avec une centaine d’associations et de nombreuses institutions, ce qui est à chaque fois d’une grande aide », explique Clément Leclerc, consul de France à Miami.

Ainsi, chaque année, une dizaine de cérémonies sont organisées en Floride afin de décerner cet insigne constitué d’une étoile à cinq branches. Le 6 juin, une cérémonie de remise ouverte à tous aura lieu au Naples Depot Museum à partir de 10 am. Ces événements se déroulent souvent dans des écoles ou des universités. « Il est important d’informer les jeunes générations sur les événements qui ont influencé notre Histoire et de faire passer le message que la paix n’est jamais acquise », raconte Clément Leclerc. Le Lorrain indique avoir eu le privilège de remettre cette médaille à deux centenaires. « Je compte bien continuer à en décerner à de nombreux autres, même si malheureusement le temps joue aujourd’hui contre nous ».
Hugues de Saint-Quentin (Texas), Greg Durieu (Miami), Alexis Buisson (New York)