San Antonio prise de court par l’arrivée de migrants congolais

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“Nous voulons que l’administration Trump prenne ses responsabilités”, assène au téléphone le docteur Colleen Bridger, en charge de l’immigration à la mairie de San Antonio. L’arrivée soudaine de 300 migrants en provenance de la République démocratique du Congo (RDC) et de l’Angola a en effet mis les finances de la ville à rude épreuve début juin.

Cela fait quatre mois que des réfugiés arrivent depuis la RDC à San Antonio, mais c’est leur venue massive les 4 et 5 juin qui a attiré l’attention sur les persécutions dont ils sont victimes et sur les failles de la politique du droit d’asile américain. “La grande majorité d’entre eux arrive d’Amérique Centrale. Ils ont pris un avion depuis le Congo et arrivent à Cuba, en Equateur ou au Brésil puis remontent jusqu’au Mexique et la frontière avec le Texas. Certains s’embarquent dans un périple de deux ans pour venir aux Etats-Unis”, explique Colleen Bridger. Relâchés par les patrouilles aux frontières à Eagle Pass près du Mexique, ils doivent ensuite prendre un bus jusqu’à la grande ville la plus proche: San Antonio.

Colleen Bridger demande que le gouvernement fédéral rembourse les dépenses engagées par la ville et prenne le relais. “Le droit d’asile est une prérogative fédérale, mais depuis ce printemps, l’aide du gouvernement dans l’attribution de sponsors s’est réduite et les délais s’allongent, regrette-t-elle. Le président a clairement prouvé qu’il avait une interprétation des lois sur l’immigration différente de ses prédécesseurs, mais le gouvernement local de San Antonio doit sortir de l’équation. Non seulement nous ne sommes pas dans notre rôle, mais personne n’a envie que des demandeurs d’asile se retrouvent désoeuvrés dans nos rues”.

La République Démocratique du Congo réprime ses opposants politiques depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila. Les violences persistent dans certaines régions du pays, même après l’élection du nouveau président Félix Tshisekedi en janvier 2019. Alors que les réfugiés se déplaçaient auparavant dans les pays voisins, certains font désormais le choix de traverser l’Atlantique pour éviter les persécutions.

Avant ce mois de juin, la plupart d’entre eux passaient par les services de la US Border and Customs Protection (services des douanes et de l’immigration). Ses agents vérifiaient l’existence d’un sponsor – un membre de la famille ou une entreprise qui se porte garant pour le demandeur d’asile et s’engage à financer les dépenses de trajet et d’hébergement. S’il en existait un, le rôle de la mairie se réduisait à trouver un abri aux arrivants le temps que ceux-ci prennent un bus pour leur destination. Problème : les 300 personnes accueillies début juin n’avait pas de tels sponsors et n’avaient pas non plus engagé de procédure de demande d’asile, c’est donc la ville et les associations caritatives qui ont dû engager elles-mêmes les frais.

La ville texane a également dû trouver des traducteurs bénévoles pour traduire les demandes des réfugiés vers l’anglais : 50 personnes se sont déjà portées volontaires. Grâce à son réseau, l’Alliance Française à San Antonio a fourni à la mairie le gros du contingent d’interprètes. C’est la première fois que l’association reçoit ce genre de requête de la part de la mairie. Son président, Charles Matt, se dit “extrêmement fier de la façon dont les adhérents de l’Alliance, la ville de San Antonio et les associations caritatives ont géré la situation. Ils ont dû faire face au chaos, le centre-ville était bruyant et bondé“.

Hébergés dans une station de bus, puis dans un gymnase face à l’afflux inédit de juin, tous les migrants ont depuis rejoint une ville d’accueil. La moitié d’entre eux ont été accueillis à Portland, dans le Maine, et les autres dispersés dans plusieurs grandes villes, comme New York, Buffalo, Chicago, Austin, Dallas et Miami.