Pas touche à mes avantages sociaux !

Revue de presse. Politique étrangère, système social en crise, dépenses de Noël en baisse: la France n’est pas en fête dans la presse américaine.

Premier coup de projecteur : l’Iran, les négociations sur le nucléaire iranien ayant une fois de plus défrayé la chronique. Il semblerait néanmoins qu’elles aient porté leurs fruits, l’Iran et l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) étant parvenus à un accord (néanmoins limité), lundi. Ce week-end, la France a fait parler d’elle lors d’une réunion à Genève des responsables de la diplomatie européenne, américaine et chinoise. Laurent Fabius, regrettant des positions pas assez fermes contre Téhéran dans le cadre de négociations préliminaires, a indiqué que la France ne prendrait pas part à ce qu’elle a appelé ce “marché de fou”. 

Et voilà que la presse américaine tente de comprendre les raisons de cette prise de position. Paul Richter du Los Angeles Times explique que “Fabius a rompu une règle fondamentale de la négociation en critiquant l’accord préliminaire qui avait été mis en place en vue de négociations plus approfondies“. Citant un expert français en relations internationales, le journaliste laisse entendre que la France a agi de la sorte pour enquiquiner les Etats-Unis. “S’opposer aux Américains est un bon point pour le gouvernement de François Hollande“, raconte le spécialiste, François Hesbourg, dans les colonnes de l’article. “La position de la France peut s’expliquer par le fait que les Français ne veulent pas signer quelque chose qui semble avoir été produit par les Etats-Unis“. Vive l’amitié franco-américaine!

Critiquée par certains, l’attitude de Laurent Fabius a toutefois été salué par d’autres, notamment les Faucons américains. Et le Wall Street Journal : ” Nous n’aurions jamais pensé que nous pourrions dire cela un jour mais nous remercions le ciel de cet exceptionnalisme français en matière de politique étrangère. Pour le moment au moins le gouvernement socialiste de François Hollande a sauvé l’occident d’un accord qui aurait presque pu faire de l’Iran une grande puissance nucléaire […] nous espérons que M. Hollande et M. Fabius tiendront bon et que le congrès américain (dont la chambre des représentants est républicaine) pourra les aider dans cette entreprise“.

Quand les Etats-Unis décryptent le modèle social français

Les Français seraient-ils trop dépendants de l’Etat-providence? C’est la question que se pose Alissa Rubin, du New York Times. Du travail à l’éducation en passant par la santé, nombreuses sont les prestations proposées par le gouvernement : ” L’augmentation des coûts des programmes de protection sociale, qui vont en France du berceau à la tombe, ne vont pas de pair avec la capacité du gouvernement français à augmenter les impôts nécessaires pour payer l’addition. Cela engendre donc des problèmes politiques croissants pour le président François Hollande“.

La journaliste s’est rendue à Saint-Etienne pour discuter avec ses habitants. Elle décrit des vies “presque inconsciemment” organisées autour des avantages accordés par l’Etat. Mieux, ils les “voient comme des éléments inhérents à leur vie“. Elle utilise la citation parlante d’un Stéphanois pour illustrer l’ampleur de cette dépendance. “Vous ne pouvez pas retirer leurs armes aux Américains. C’est la même chose pour les avantages sociaux des Français.” Tout est dit.

Heureusement, la France ne va pas si mal. L’économiste américain Paul Krugman prend la défense de l’Hexagone dans le New York Times après sa rétrogradation par l’agence de notation Standard & Poors. ” Beaucoup de personnes dénigrent la France. Les Etats-Unis utilisent l’excuse de la dette pour faire progresser un programme idéologique et la France, qui refuse de jouer le jeu, est devenue la cible d’une propagande négative incessante “. Pour Krugman, ceux qui tirent sur la France ont tort. “La France fait mieux ou aussi bien que ses voisins, à l’exception de l’Allemagne“, avance le frondeur. “La croissance française récente a été lente, mais bien meilleure que celle des Pays-Bas, toujours notés AAA. Les travailleurs français ont été bien plus productifs que leurs homologues allemands il y a douze ans – et devinez quoi, ils le sont toujours!” Allez les Bleus!

Un Noël  morose

Il en faudra plus pour convaincre les Française eux-mêmes. Une étude parue sur le site Bloomberg et menée par Deloitte courant septembre auprès plus de 17.000 personnes indique que 64% des Français prévoient de réduire leurs achats de Noël en prévision d’une dégradation de la situation économique, là où seulement 57% déclaraient la même chose l’an dernier. Le Père Noel va se mettre à temps partiel.

Crédit : Khanh Renaud/ABACAUSA.COM