Rentrée: les pré-schools françaises de New York s’adaptent en partant au vert

La jardin japonais de La Petite Colline à Brooklyn. Crédit photo : La Petite Colline

Face à leur fermeture en mars en raison de l’épidémie de la Covid-19, une partie des quelques 3000 preschools de New York avaient d’abord passé leurs programmes en ligne, avant d’obtenir le feu vert de la ville pour une réouverture sous condition en juillet. Elles retrouvent aujourd’hui une forme de normalité avec le retour de la majorité des enfants dans leurs locaux en cette rentrée de septembre.

“A part un nouvel atelier dédié à la décoration de masques, le programme n’a pas changé chez nous”, plaisante le directeur de La Petite Ecole, Virgil de Voldère, dont les deux établissements à Greenwich Village et l’Upper West Side ont rouvert le 9 septembre. “Nous accueillons de nouveau à plein temps et toute la semaine dans nos locaux des enfants de deux ans et demi à cinq ans“. Comme la Petite Ecole porte bien son nom, elle n’accueille que 25 enfants répartis sur deux classes à Greenwich Village, et une seule classe de 12 enfants dans l’Upper West Side. Un avantage pour l’enseignement et le respect de la distanciation sociale et des gestes barrière. “On a au moins deux professeurs et une aide en appui par classe. Ça fait un ratio d’un adulte pour quatre enfants”, précise Virgil de Voldère.

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Même chose à la preschool du FIAF, située dans le quartier de Lenox Hill à Manhattan, qui limite ses classes de petite section (nursery) et moyenne section (pre-k) à 12 enfants. “Nous avons rouvert dès le 1er septembre, en proposant aux élèves une immersion progressive pour qu’ils puissent s’habituer ou se réhabituer tranquillement à l’école”, explique sa directrice adjointe à l’éducation Edith Boncompain.

La Petite Colline dispense un enseignement bilingue français-anglais dans le quartier de Fort Green à Brooklyn. Ouverte en 2017 par un couple suisse, cette preschool accueille des tout petits dès 18 mois et des plus grands jusqu’à six ans. L’école a pu rouvrir dès le mois de juin pour les enfants des personnes considérées comme “essential workers”. “Nous avons trois mois de recul qui nous ont permis de travailler à un vrai retour, même si les règles restes strictes sur le nombre maximum d’enfants que l’on peut accueillir et sur le fait que les parents n’ont plus le droit d’entrer dans l’école. Ce contact avec les familles nous manque”, explique sa directrice de la communication Ava Chinelli.

Si la pédagogie n’a pas changé, les preschools ont dû évidement s’adapter aux règles d’hygiène et de sécurité. A la preschool du FIAF, où l’enseignement se fait à 100% en français, le port du masque est obligatoire pour le personnel et tous les enfants âgés de plus de deux ans. “Ils doivent l’avoir à l’arrivée à l’école et pendant la classe. Ils l’enlèvent bien sûr au moment de la sieste et des repas”, indique Edith Boncompain. Pour elle et contrairement à ce qu’on peut penser, “un enfant s’habitue encore plus vite et plus facilement qu’un adulte au port du masque”. Du côté de La Petite Colline, le personnel est également masqué, et les enfants le sont aussi à l’extérieur. Prisca Bommeli, sa directrice, explique que l’école “suit les règles du DOH (Department of Health) qui indique que le port du masque pour les enfants de moins de cinq ans n’est pas obligatoire, en laissant l’appréciation aux parents”. “Mais nous pensons que ces règles sont trop légères c’est pourquoi nous avons investi dans des systèmes très coûteux de filtration et purification de l’air. Nous utilisons aussi beaucoup de précautions comme une distanciation sociale stricte entre les enfants en leur faisant faire notamment l’exercice des bras d’avions (distance de bras tendus entre chaque élève), et nous faisons beaucoup d’activités en extérieur où le masque est obligatoire”, ajoute-t-elle.

L’extérieur privilégié

L’été indien à New York et ses températures clémentes permet de favoriser les activités en extérieur en cette rentré scolaire. La preschool du FIAF, qui est située à deux blocs de Central Park, organise des sorties régulières dans la nature. La Petite Colline, elle, dispose de son propre jardin japonais où des classes et des sorties plus récréatives sont organisées deux fois par jour pour les enfants. “On se veut une école moderne et progressiste où la nature est un professeur important”, résume Prisca Bommeli. The Language and Laughter Studio, preschool de Boerum Hill à Brooklyn, a décidé d’aller encore plus loin en déplaçant la moitié de son programme en extérieur à Fort Greene Park. “Nous sommes au parc chaque matin et rentrons après le déjeuner. Après six mois de perturbations sociales, j’étais consciente de leur fragilité émotionnelle. J’ai souhaité répondre à cette carence en privilégiant leur relation avec la nature. C’est un énorme succès”, raconte sa directrice Pascale Setbon, qui accueille des enfants de deux ans et demi à quatre ans et demi. “Les enfants sont invités à être des chercheurs. Ils expriment, tâtonnent avant de s’approprier des savoirs. Nos journées sont de captivantes aventures qui donnent du sens et rendent le savoir concrets”. 

Très satisfaites de pouvoir accueillir de nouveau des enfants à plein temps, les preschools de New York n’en oublient pas l’enseignement en ligne si une deuxième vague ou une épidémie de cas de Covid-19 venaient à se déclarer dans leur établissement. “On prend toutes les mesures pour ne pas que ça arrive, mais si ça devait être le cas, on s’adapterait comme on l’a fait en mars”, commente Edith Boncompain. “C’est impossible avec des tout petits de faire du plein temps devant un écran, mais avec l’aide des parents et en faisant du progressif, on peut les intéresser quand même”.