Renan Larue, prophète français du veganisme à UC Santa Barbara

Pour la première fois aux Etats-Unis, les questions du véganisme viennent d’être inscrites au programme d’une université majeure, à savoir UC Santa Barbara (23 500 étudiants et 6 prix Nobel parmi le corps enseignant).

Un événement à mettre à l’actif d’un Français : Renan Larue. Ce professeur de 36 ans, auteur du livre “Le Végétarisme et ses ennemis: Vingt-cinq siècles de débats” (Presses Universitaires de France, 2015), n’a pas perdu de temps pour mettre en avant ses convictions.

“J’ai eu de la chance”, indique l’intéressé, recruté par UC Santa Barbara à l’automne dernier. “Aux Etats Unis, et en Californie en particulier, les gens sont plus sensibles aux questions de l’alimentation, de l’environnement et de la souffrance animale. Aussi, lorsque j’ai soumis l’idée de proposer un cours sur le sujet, j’ai tout de suite bénéficié d’une oreille attentive.”

Un intérêt validé par les étudiants : son cours, “Introduction to Vegan Studies” a vite affiché complet. “Il ne s’agit pas d’une lubie de hippie ! Les consciences s’ouvrent et l’attraction pour le véganisme est encore plus forte auprès des jeunes”, explique Renan Larue, lui-même végétalien depuis l’âge de 17 ans, après s’être penché sur la question à travers les écrits d’auteurs comme Voltaire et Rousseau.

“Ce cours démontre que l’alimentation sans produits animaux et sous-produits animaux couvre plusieurs domaines : théologique, philosophique, politique, médical, économique, anthropologique… Il explique en outre que le débat existe depuis l’Antiquité.”

Non content d’avoir fait entrer le véganisme à l’université, Renan Larue n’a pas hésité à s’appuyer sur des intervenants de marque. “Nous avons reçu Melanie Joy, professeur à UMass Boston, auteur et militante, mais aussi Ethan Brown, chef d’entreprise ayant créé ‘Beyond Meat’, une société de produits alimentaires sans viande.”

Le succès de ce premier trimestre a d’ailleurs incité l’université à lui confier un nouveau cours hebdomadaire de trois heures et à doubler le nombre de places disponibles pour les étudiants.

Cela va me permettre de leur montrer la richesse du véganisme, mais aussi d’insister sur le rôle de l’homme. Au XVIIIe siècle, Voltaire évoquait déjà la dimension morale de la question animale. L’actualité récente sur les abattoirs en France prouve que les animaux ont souvent plus mal que nous. C’est une souffrance organisée, pour notre plaisir. La nature ne doit pas être un moyen d’exploitation pour l’homme.”

Intarissable sur le sujet, Renan Larue estime qu’en l’état actuel des choses “l’humain fait peser une immense menace sur la planète” en raison de son mode d’alimentation. “52% des animaux disparus le sont par notre faute. On essaye de nous faire croire, à tort, que la viande est nécessaire à notre survie. Si demain les gens deviennent végétaliens, les pesticides diminueront et les économies d’eau seront immenses.”

Une réflexion que l’intéressé tentera de partager avec ses étudiants. “Les détracteurs ont souvent tendance à ridiculiser et moquer les végétariens et végétaliens. Je l’évoque dans mon cours, ainsi que la façon dont comment les végétariens/végans organisent une contre-attaque. Il faut dédramatiser le sujet, mais aussi affermir ses convictions.”

A défaut d’être prophète en son pays d’origine, Renan Larue pourrait bien le devenir en Californie.