Régine Mahaux, la photographe belge de Donald Trump

Il y a peu de gens qui peuvent appeler Donald Trump par son prénom. Et encore moins des francophones. Régine Mahaux en fait partie.

Originaire de la province de Liège en Belgique, la photographe a commencé à travailler avec la famille Trump il y a cinq ans. Son agence, Getty Image, lui avait alors proposé de réaliser le portrait de la famille du milliardaire. Elle ne se doutait pas qu’elle se retrouverait un jour dans l’ombre d’un phénomène politique.

Depuis, elle a eu l’occasion d’immortaliser à plusieurs reprises la famille Trump, et a refait une série de portraits familiaux depuis le début de la campagne. « J’aime travailler l’image de cette famille, elle me parle, elle m’inspire. J’ai beaucoup de liberté et de responsabilité. Ils me laissent m’exprimer en tant qu’artiste. Ils ont un esprit cash. Il n’y a pas de limite, confie la photographe. Les Trump sont loin de ce que je vois dans la presse. Ils sont très travailleurs et font toujours les choses avec sérieux. Je sais que la presse européenne est très dure au sujet de Donald Trump, je ne sais pas si c’est la même chose aux Etats-Unis. On l’accable de beaucoup de choses que je ne vois pas ».

Régine Mahaux fait partie des rares personnes à avoir un accès privilégié à celui qui a d’ores-et-déjà mis l’élection présidentielle 2016 sans dessus dessous avec ses déclarations tonitruantes et son style provocateur. Depuis le début de la campagne, Trump a appelé pêle-mêle à interdire les musulmans d’entrer sur le territoire américain, à tuer les familles de terroristes (il a depuis mis de l’eau dans son vin) et à construire un mur le long de la frontière avec le Mexique pour empêcher l’immigration illégale. Ses adversaires l’ont appelé “bourreau” , “escroc” , “raciste” et “islamophobe” pour reprendre les qualificatifs les plus gentils. Il a insulté tellement de personnes que le New York Times s’est fait un malin plaisir à compiler une liste de 202 personnes, lieux et “choses” victimes de ses attaques sur twitter – elle comprend aussi bien le pupitre du Bureau ovale que Washington DC et Amazon. Malgré cela, il fait aujourd’hui la course en tête pour l’investiture.

“Sa politique, je ne peux pas la juger”

La Belge refuse de dire publiquement si elle adhère à ses idées. “Je ne fais pas de politique, je suis au service des personnes qui me confient leur image. Je suis artiste. Qui suis-je pour décider ? Les Américains décideront eux-mêmes de qui ils veulent comme président des États-Unis. J’aime la personne, en tant qu’être humain. Sa politique, je ne peux pas la juger. »

Choisir de travailler avec une non-Américaine peut surprendre compte-tenu du patriotisme affiché du favori, mais c’est un choix avant tout artistique selon Régine Mahaux, qui a également tiré le portrait de Salma Hayek, Marianne Faithfull, le prince Albert et Christina Aguilera notamment. « Même si Donald vient d’une famille américaine, il a un sang très européen. Il a épousé des femmes européennes, il est sensible à un certain esthétisme. Mais c’est peut-être parce que je les sollicite beaucoup aussi. »

Au fil des shootings, la Liègeoise a appris a apprivoiser la famille Trump, à la connaître, et plus spécialement Melania, la femme du républicain sulfureux. « Une femme forte, travailleuse, généreuse et sympatique qui parle cinq langues, raconte l’artiste. Lui est provocateur, certainement, elle ne l’est pas du tout. Elle est dans l’ombre, mais avec la même force. Elle le sublime. »

Il a beau avoir appelé Bruxelles “un trou à rats” où les musulmans ne sont pas parvenus à s’intégrer, il en faut plus à la Belge pour dire du mal de “Donald“. Par contrainte ou par admiration profonde ? Dans ces campagnes électorales très intenses, le moindre mot de travers peut porter préjudice. « Il est ancré dans ce siècle, les autres hommes politiques sont encore dans celui d’avant. Ils n’ont pas compris. Ce sont des politiciens, ils ne connaissent pas la réalité. Donald Trump n’a jamais dit qu’il était politicien, il ne l’était pas il y a un an, c’est nouveau pour lui. Il le fait comme il fait le reste. Avec enthousiasme, avec envie, avec arrogance peut-être, en parlant des problèmes, sans langue de bois. C’est un phénomène. » Donald Trump n’aurait pas dit mieux.