Record dans la baie de San Francisco pour l’Hydroptère

L'Hydroptère DCNS devant le Golden Gate

L’Hydroptère, le bateau-avion d’Alain Thébault, a battu ce week end le record du miles dans la baie de San Francisco. En attendant l’aventure au grand large, entre Los Angeles et Hawaï.

Mi-avion, mi-voilier, l’hydroptère plane sur la baie de San Francisco. Depuis quelques jours, le bateau à foils d’Alain Thébault est l’attraction dans le petit port de Tiburon: plaisanciers locaux, skipper de la coupe de l’América ou journalistes américains, tout le monde se presse pour voir et tester la bête. “Hier on a embarqué Larry Page, le fondateur de Google sur le bateau” annonce fièrement Alain.
Amarré à Los Angeles depuis fin juillet, où il se prépare à une tentative de record de la traversée entre Los Angeles et Honolulu, le voilier le plus rapide du monde est venu tirer quelques bords dans la baie de San Francisco. “On est venu voir les collègues de la Coupe de l’America et puis c’est l’occasion de s’entrainer avec beaucoup de vent” explique son concepteur.

Le programme était chargé ce vendredi: l’équipage a prévu de tenter un record de vitesse et de participer à la course “Bridge to Bridge” entre le Golden Gate et l’East Bay Bridge, qui mêle voiliers, kitesurfers et véliplanchistes.

Tout le monde s’affaire à bord. “La particularité de ce bateau ce sont ses foils, des ailes semblables à celles d’un avion” explique Jean Lecam, 3 fois vanqueur de la solitaire du Figaro et membre de la team Hydroptère DCNS. Trois foils, un sur chaque flotteur et un à l’arrière, qu’il faut mettre à l’eau avant le départ. “C’est un peu comme un train d’atterrissage” poursuit-il en actionnant le vérin pour plonger le plan porteur de 6 mètres de long dans l’eau. Et ce sont ces ailes sous-marines qui font de l’hydroptère le premier bateau volant. Dès qu’il prend de la vitesse, il s’élève à 4 ou 5 mètres de la surface de l’eau. L’objectif est d’avoir le moins de trainée possible, à 100 m/h, le voilier de 24 m de large et 18 mètres de long a seulement 2 mètres carré de contact avec l’eau, le voilier ne flotte plus, il vole.

Jean Lecam mais aussi Jacques Vincent, 8 tours du monde à son actif, le navigateur Yves Parlier, l’ancien champion de ski Luc Alphand, et le concours précieux des ingénieurs de DCNS et d’Airbus, Alain Thébault est bien entouré.
Faire voler un bateau est son rêve depuis 25 ans. En 1987, avec Eric Tabarly, il dessine la maquette de son premier modèle. Depuis l’hydroptère a gagné ses galons : record du monde de vitesse sur 500 mètres en 2009 (battu depuis par le kitesurfer Rob Duglas), et détenteur actuel du record sur 1 mile nautique à 92,9 km/h. “On fait des pointes à 105km/h, aucun voilier n’a jamais atteint cette vitesse. On a démontré qu’on était les plus rapides, maintenant on s’attaque au large” explique le navigateur.
Et pas n’importe quel océan, le Pacifique, entre Los Angeles et Honolulu. Le record actuel détenu par Olivier de Kersauson est de 4 jours et 19 heures. “Dans une mer agitée, avec des creux de 3 mètres, c’est sûr c’est plus compliqué! On est des pionniers, alors on garde un esprit d’humilité. On espère déjà atteindre Hawaï, pour le temps on verra après” répond Alain en souriant. Pour mettre toutes les chances de son côté, l’équipe attend maintenant une fenêtre météo favorable.

Le coup de canon retentit. Au milieu des voiliers et des kytes, l’hydroptère s’élance depuis le mythique pont de San Francisco et s’élève au dessus de l’eau. Quelques minutes plus tard, il est sans surprise le premier à franchir le pont d’Oakland mais l’équipe n’est pas vraiment satisfaite de ses pointes de vitesse sur 1 mile: 37.5 noeuds, 68km/h. Peu importe, l’objectif est tout autre aujourd’hui. “L’hydroptère est un bateau très technologique. On a envie de partager et de faire rayonner cette technologie que nous envient tous les skippers de la Coupe de l’America, une technologie française !” s’enthousiasme Alain. “Beaucoup, comme Paul Cayard et Terry Hutchinson sont déjà venus nous voir pour savoir comment faire voler leurs bateaux.”

Se montrer, expliquer le concept aux américains et pourquoi pas trouver un nouveau sponsor. Après Los Angeles – Honolulu, Alain ambitionne de s’attaquer à la traversée de l’Atlantique et même à un tour du monde. Et pour cela il lui faudra un nouveau bateau…