Rebondissement dans l’affaire Hank Skinner

Il a fallu plus de dix ans de procédure judiciaire pour que l’Etat du Texas estime légitime d’accorder de nouveaux tests ADN à Hank Skinner, condamné à mort. Vendredi 1er juin, le Procureur général du Texas, Greg Abbott, a indiqué aux juges de la Cour d’appel de l’Etat que « l’Etat pense que l’intérêt de la justice serait mieux servi dans ce dossier en procédant aux tests ADN des preuves listées par Skinner et ceux d’autres éléments identifiés par l’Etat » .

Cet épisode marque un tournant dans l’affaire. Marié à la militante abolitionniste française Sandrine Ageorges, Hank Skinner est sans doute l’un des condamnés à mort aux Etats-Unis les plus connus de la communauté francophone. Mais c’est surtout son parcours judiciaire hors du commun, notamment marqué par deux suspensions d’exécution in extremis, en mars 2010 et novembre 2011, qui lui vaut la célébrité aux Etats-Unis et ailleurs. Inculpé pour les meurtres de sa compagne de l’époque et de ses deux fils le 31 décembre 1993, il n’a pas été réellement défendu par son avocat commis d’office, un ancien procureur condamné pour détournement de fonds et convaincu de sa culpabilité. En 2000, un procureur a annoncé des résultats de tests ADN confirmant la culpabilité de Skinner, mais ils étaient faux. Depuis, trois demandes d’expertises médico-légales (en 2001, 2007 et 2011) ont été rejetées, le Texas estimant que Skinner aurait dû les demander lors de son premier procès et qu’il devait apporter la preuve qu’elles pouvaient prouver son innocence. La Cour suprême des Etats-Unis a examiné le dossier par deux fois.

« Cette demande déposée auprès de la cour d’appel est très inattendue », souligne l’association française Ensemble contre la peine de mort dans laquelle milite Sandrine Ageorges, qui n’a pas souhaité s’exprimer pour le moment, a indiqué le Consulat de France. L’association se réjouit de cette « bonne nouvelle ». « Après 6 278 jours dans le couloir de la mort [plus de 17 ans], c’est peut-être la lumière et la justice au bout du tunnel pour Hank », renchérit son comité de soutien sur les réseaux sociaux.

Attention à ne pas se réjouir trop vite

« Il faudra se mettre d’accord avec l’Etat sur les modalités de ces tests ADN, afin de s’assurer que les scellés seront correctement et prudemment manipulés, et que chaque scellé que nous avons identifié comme important soit effectivement testé », tempère l’équipe de défense du condamné à mort, pour qui « les Texans attendent de la précision dans ce dossier de peine capitale ». « Les procédures à venir devront garantir que les résultats soient à la hauteur de leur confiance » et, « à cet égard, toutes les déterminations concernant le comment et par qui les scellés seront manipulés et testés devront être transparentes, avec l’implication des deux parties lors de chaque étape ».

Même si elle a souvent rappelé son opposition à la peine de mort, en l’attente d’une décision de la cour d’appel, la France n’a pas officiellement réagi à ces nouveaux développements du dossier Skinner. Mais au mois de novembre dernier, elle avait espéré qu’un sursis à son exécution « permette un examen sérieux et serein du recours ayant été formé ».