Pourquoi est-ce difficile de trouver un ostéopathe aux États-Unis ?

© Goncharov Artem

En France, quelques clics sur le web suffisent à dénicher un ostéopathe près de chez soi. C’est beaucoup plus difficile aux Etats-Unis. Pourquoi? C’est la question bête de la semaine.

En France, plus de 31.000 ostéopathes sont enregistrés pour 20 millions d’actes pratiqués chaque année. Des manipulations corporelles (osseuses ou musculaires) qui visent à soulager des maux divers, comme des migraines, des douleurs, des troubles digestifs, etc. « L’ostéopathie utilise le contact manuel pour diagnostiquer et traiter des patients de manière holistique, c’est-à-dire dans leur globalité » précise Lucile Lainé, ostéopathe française installée à Redondo Beach, en Californie.

Trois Français sur cinq consultent aujourd’hui un ostéopathe, faisant de la discipline, la médecine douce la plus populaire du pays. Aux États-Unis en revanche, la pratique est beaucoup moins plébiscitée. « Ce qui est dingue, c’est que l’ostéopathie a été créée aux USA en 1874 par Andrew Taylor Still, un médecin américain. Elle a ensuite voyagé en Europe où elle a connu un succès grandissant et n’a pas décollé aux US, où elle est pourtant née ! » explique Lucile Lainé.

Aux USA, les ostéopathes sont des médecins

D’après la spécialiste, diplômée d’une école d’ostéopathie française en 2013, la formation des ostéopathes américains est principalement responsable de cette moindre présence. « Aux US, le lobby des médecins a été plus fort et a pris le dessus : les ostéopathes ne suivent pas un cursus spécialisé, mais un cursus de médecine pure et dure. On les appelle les D.O, Doctor of Osteopathie, des généralistes qui ont appris des gestes d’ostéopathie. »

Un D.O suit donc un cursus de médecine, comportant un focus sur les sciences cliniques et biomédicales et deux années spécialisées. Un futur ostéopathe français, lui, doit valider cinq années d’études spécifiques au sein d’une école reconnue. « Concrètement, ils ont beaucoup moins d’heures de pratique qu’en France et surtout, leur approche va à l’encontre même de la philosophie de l’ostéopathie. Pour guérir un patient, le médecin prescrit des médicaments alors que l’ostéopathe cherche à soigner avec des méthodes naturelles » affirme Lucile Lainé.

L’ostéopathie se fait pourtant une place, discrètement aux Etats-Unis: 16% des “résidents” en médecine (médecins nouvellement diplomés) sont titulaires d’un diplôme de médecin-ostéopathe. Récemment, un D.O a fait parler de lui: le médecin de Donald Trump, Sean Conley, est un ostéopathe. Mais la formation de ces médecins, comme leur mode d’exercice n’a pas permis à la spécialité d’acquérir la notoriété qu’elle a en France.

Chiropracteurs et kinés ont meilleure cote

Aux États-Unis, si un patient a besoin de se faire manipuler, il consulte généralement un chiropracteur ou un kinésithérapeute. “Dans l’esprit de la population nord-américaine, c’est ancré dans les mentalités et ça ne bougera pas” confie Lucile Lainé. Et la Française de souligner des différences notables entre ces approches. « Si un patient a mal à l’épaule par exemple, l’ostéopathe regarde ce qui se passe ailleurs et il prend en compte l’aspect psychologique et nutritionnel. Un kiné va plutôt se concentrer sur la partie à soulager et un chiro sur le travail des vertèbres. ».

Ces différences de cursus, de philosophie et d’appréciation font qu’il est difficile de trouver « un ostéopathe à la française » aux US, d’autant que les diplômes tricolores d’ostéopathie n’y sont pas reconnus. « Quand j’ai débarqué en Californie, il y a 13 ans, tout juste diplômée, je me suis rendue au Board des ostéopathes situé à Sacramento, mais il n’y avait aucune équivalence possible. Il me fallait reprendre des études de médecine à zéro pour utiliser mon titre d’ostéopathe » raconte Lucile Lainé.

Mise en confiance

La Française cherche alors une « alternative rapide et moins coûteuse ». Elle s’oriente vers une licence de massage en cours du soir. Une solution qui lui permet d’intégrer un cabinet de médecins. Rapidement, elle y pratique l’ostéopathie et acquiert une patientèle régulière. Elle est désormais à son compte.

« J’étais l’une des premières à arriver dans la région et même s’il y en a de plus en plus qui s’installent, personne n’a pignon sur rue. On ne peut pas utiliser notre titre d’ostéopathe. C’est le bouche-à-oreille qui fonctionne » assure l’experte avant d’ajouter : “et j’ai beaucoup de patients américains ! »