Quand un ministre socialiste visite les entrepreneurs exilés

Fabrice Sergent (à droite) avec Laurent Fabius et l'ambassadeur de France François Delattre

C’est la priorité du Quai d’Orsay en ces temps économiques moroses : la « diplomatie économique », ou promouvoir les intérêts économiques français à l’international. Laurent Fabius a profité de sa présence à New York pour l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations-Unies pour rencontrer, lundi, des entrepreneurs français de la Grosse Pomme.

Le matin, il avait rendez-vous avec Fabrice Sergent, fondateur de l’entreprise d’applications pour smart phones Cellfish, et les fondateurs de OXL, hébergeur de petites annonces. Puis direction Bar Boulud, dans l’Upper West Side, pour un déjeuner avec des représentants de la gastronomie tricolore locale. « C’était très sympa. Je leur ai servi du foie gras», s’amuse Ariane Daguin, fondatrice des foies gras D’Artagnan.

Ces réunions entre un « Elephant » socialiste ayant participé à la mise en œuvre des 35 heures en tant que ministre de l’Economie, de 2000 à 2002, et des entrepreneurs qui ont trouvé leur bonheur en dehors de France, auraient pu avoir des allures de rencontre du troisième type. Parmi les fondateurs de OXL, on trouvait notamment Fabrice Grinda qui endosse volontiers le rôle de défenseur de la “flexibilité” américaine, n’hésitant pas à dire qu’il n’aurait jamais pu réussir aussi brillamment s’il était resté en France.

Mais les rencontres n’ont pas tourné au vinaigre. Pour Fabrice Sergent, de Cellfish, ce genre de visite “permet de mettre un coup de projecteur sur des secteurs qui marchent et de sortir de la morosité ambiante, c’est important”. Surtout, estime le Français installé à New York, et patron d’une entreprise de 250 salariés, “cela montre qu’en partant on sert aussi la France: je n’aurais jamais pu créer 150 emplois en France si je n’étais pas venu ici, c’est le projet de croissance globale de notre entreprise qui permet de créer des emplois en France ».

Une habituée de ce genre de rencontres en 28 ans aux Etats-Unis, Ariane Daguin a profité du déjeuner avec Laurent Fabius à Bar Boulud pour lui parler des obstacles administratifs à l’export. Elle a regretté l’absence d’acteurs économiques américains lors de la discussion. « Une fois de plus, c’était un rendez-vous franco-français, sans ouverture sur l’extérieur. Le rayonnement est important, mais on devrait arrêter d’en parler entre nous ».

Emmanuel Saint-Martin et Alexis Buisson