Le Prix Albertine récompense le “désir queer” d’Anne Garréta à New York

Anne Garréta - Credits : Benjamin Meteyer

Aux Etats Unis, seulement 3% des livres sont de la littérature étrangère traduite (contre 40% en France). Pour impulser une plus grande diversité, le prix Albertine créé en 2017, invite les lecteurs américains à élire le meilleur roman français contemporain traduit l’année précédente aux Etats Unis.

Jeudi 7 juin, Not One Day (Pas un jour) d’Anne Garréta, traduit par Emma Ramadan et publié chez Deep Vellum, a remporté le trophée – et les $10.000 à la clef. Si le roman a été publié en français en 2002, l’auteure reçoit avec joie ce prix Albertine en 2018: « Cela montre que le livre est toujours vivant, il continue de marquer les lecteurs ».

Pour cette seconde édition, quatre autres romans étaient en lice : Incest de Christine Angot, Compass de Mathias Enard, The End of Eddie d’Edouard Louis et Black Moses d’Alain Mabanckou.

Normalienne, maître de conférence à l’Université Rennes II depuis 1995 et professeure de littérature à Duke University, Anne Garréta s’engage dans l’OULIPO en 2000, mouvement littéraire prônant la contrainte pour stimuler la créativité. Son premier roman, Sphynx, aborde ainsi une histoire d’amour sans utiliser de marqueur de genre.

Pour Not One Day, Anne Garréta s’est imposé d’écrire un chapitre pendant cinq heures par jour durant un mois. Elle en a tiré douze textes sur le désir – ressenti pour certaines femmes ou suscité chez d’autres – à travers une approche aussi sensuelle qu’intellectuelle. « Je voulais parler du désir queer dans toute sa variété, de façon assumée, mais sans tomber dans la pornographie », explique-t-elle. Le roman avait valu à l’écrivaine un Prix Médicis en 2002.

Emma Ramadan, traductrice de Not One Day, qui avait déjà collaboré avec Anne Garréta pour Sphynx, a aussi été récompensée. « Cette approche du désir queer n’est pas assez abordée dans la littérature américaine, c’est donc important de faire connaître des auteurs étrangers », raconte-t-elle. Diplômée de la Brown University et de l’Université américaine de Paris, elle s’attèlera bientôt à la traduction de Virginie Despentes.