Pourquoi y a-t-il des camions vendant du cannabis à New York ?

Légalisée dans onze Etats américains, la consommation de marijuana est toujours interdite à New York sauf à usage médical. Pourtant, plusieurs camions se vantent de proposer des sucreries à base de marijuana le long des avenues passantes de Manhattan. Comment ces “weed trucks” sont-ils arrivés là et que vendent-ils réellement ? C’est la question bête de la semaine.

Tous les New-Yorkais connaissent ces véhicules verts décorés de grosses feuilles de cannabis qui proposent de vous donner le sourire grâce à des sucettes colorées, des petits oursons en bonbon ou des brownies. Derrière tous ces magasins roulants se cache une seule et même société, Weed World Candies. Créée il y a 19 ans en Alabama, l’entreprise opère dans 12 Etats comme le Texas, la Californie, l’Illinois ou la Floride. En appelant le numéro de téléphone indiqué sur leur site internet, nous discutons avec un homme se présentant comme “Dro Man”. Il est le fondateur de cette entreprise qu’il considère avant tout comme “un mouvement politique pour la légalisation et la décriminalisation du cannabis dans tout le pays“.

Dro Man précise être à la tête d’un réseau de 48 à 49 véhicules qui fonctionnent sous un système de franchise. “Chaque vendeur est indépendant. Il suit une formation avec moi et nous partageons ensuite les bénéfices sur leurs ventes“. L’entrepreneur militant ajoute que “dans les Etats où le cannabis n’est pas légalisé comme à New York, les produits vendus ne contiennent pas de THC“. Le THC (ou tétrahydrocannabinol) est la substance responsable des effets psycho-actifs dans la marijuana. C’est, en d’autres termes, ce qui fait qu’on se sent “défoncé”. En revanche, ces friandises contiennent des traces d’une substance autorisée à New York, le cannabidiol (CBD), un composant non psycho-actif connu pour ses bienfaits médicinaux et thérapeutiques. “Ça aide à se sentir relaxé, plus calme“, explique Dro Man.

Les produits vendus par les camions de Weed World Candies à New York n’ont donc rien d’illégaux. Alors quel est le problème? La publicité mensongère faite par ces véhicules et leurs vendeur(se)s. Nous nous sommes rendus devant l’un d’entre eux, situé sur la 6ème Avenue entre 21st et 22nd Street. Sur place, la vendeuse nous indique que “tous les produits contiennent du THC”. Devant notre étonnement, elle tente de nous convaincre en nous expliquant que “la vente de marijuana sous cette forme-là (friandise) est décriminalisée à New York”. Interrogé sur les pratiques commerciales de cette vendeuse, Dro Man se défend. “Ce sont des mensonges, je pourrais la virer pour ce qu’elle a fait”. 

Nous avons testé les petits oursons de Weed World Candies. Au delà de ressentir une grosse fatigue, nous avons été surpris par les prix: 40$ pour 4 bonbons. “Un prix bien trop élevé”, pour Dro Man, qui nous a donné le sentiment de ne maîtriser ni l’argumentaire ni les prix fixés par ses vendeurs. “C’est scandaleux. C’est un sachet qui ne coûte que 20$ normalement. Retournes-y et appelle moi quand tu y es pour te faire rembourser. Ok?”, nous conseille-t-il avant de nous raccrocher au nez.

Quoiqu’il en soit, Dro man pourra peut-être bientôt crier victoire, puisque la légalisation du cannabis à New York pourrait entrer en vigueur dès début 2019, poussée par les démocrates qui ont pris le contrôle des deux chambres législatives de l’État, le Sénat et l’Assemblée.