Pourquoi y a t-il autant de feux d’artifice illégaux en ce moment aux Etats-Unis ?

Crédit photo : Facebook Sky King Fireworks

Chaque 4-Juillet c’est la même tradition, les Américains célèbrent leur fête nationale avec des feux d’artifice grandioses à travers tout le pays. Mais cette année, certains n’ont pas attendu le jour de l’Indépendance pour allumer la mèche. De New York à Boston jusqu’à San Francisco, il ne se passe pas un soir sans que des dizaines de fusées et de pétards explosent dans les rues. Alors pourquoi y a t-il autant de feux d’artifice ces jours-ci ?

“Nous avons effectivement constaté une augmentation des ventes”, déclare Joe Van Oudenhove, directeur général de Sky King Fireworks, une chaîne proposant des feux d’artifice avec plusieurs magasins en Pennsylvanie. Ce professionnel du métier explique que beaucoup de ses clients viennent de New York et du New Jersey, deux Etats ou la vente et l’utilisation de ces engins pyrotechniques est interdite. “Les gens sont enfin libres de leur mouvement après avoir été confinés pendant des semaines, et ils sont prêts à prendre leur voiture pour venir jusqu’ici pour acheter des feux d’artifice”. L’utilisation généralisée et intensive des feux d’artifice serait donc une manière de casser l’ennui lié au Coronavirus, puisque “tout ce qui est lié à l’amusement et au divertissement a été annulé”, estime Joe Van Oudenhove. “Nous sommes également une nation patriote et résiliente. Beaucoup de régions sont en train de rouvrir après des mois difficiles, et les gens veulent tout simplement célébrer ça”, ajoute l’entrepreneur.

A New York, la demande de feux d’artifice est tellement forte qu’un marché parallèle s’est développé. “J’ai discuté avec deux de mes voisins qui reviennent d’un barbecue en Pennsylvanie. Là-bas, c’est un feu d’artifice acheté, deux offerts. Ils sont revenus avec une grosse cargaison et m’ont proposé d’en acheter”, expliquait la journaliste new-yorkaise Hannah Sheehan, qui vit à Brooklyn dans le quartier de Flatbush, le 22 juin. Le sujet passionne les médias américains. Le New-Yorker a interrogé un revendeur le 29 juin, qui raconte avoir acheté pour $1200 de feux d’artifice en Pennsylvanie avant de les revendre deux fois plus cher autour de Brooklyn. “L’argent rentre bien en ce moment”, confie l’homme qui garde l’anonymat. “Les gens ont toujours fait fêter des pétards. Mais cette année, ils y vont fort. Ils ont trop besoin de sortir”. 

Les explosions quotidiennes de fusées et de pétards tapent sur les nerfs de beaucoup d’Américains. A New York, la ville a recensé 13 109 plaintes liées au bruit en juin, contre seulement 30 au cours du même mois l’année dernière. A Boston, les autorités ont reçu près de 8000 appels à la même période, 2700 à San Francisco. L’utilisation illégale des feux d’artifices peut parfois mal tourner. Un enfant de trois ans a été sévèrement brûlé dans le quartier du Bronx à New York alors qu’un jet de fusée est rentré par la fenêtre ouverte de sa chambre dans la nuit du 24 juin. Idem à Cleveland, où un jeune homme de 21 ans est entre la vie et la mort après avoir fait explosé des feux d’artifice près de son visage le 23 juin.

Certains Américains préfèrent user de théories du complot plutôt que de chercher à comprendre pourquoi des feux d’artifice explosent en ce moment partout aux Etats-Unis. Parmi eux, le rappeur Wale originaire de Washington, qui a tweeté le 20 juin à ses six millions d’abonnés que “trop de gens se plaignent de feux d’artifice en même temps dans plusieurs villes. Il se passe quelque chose”. “Mes voisins et moi-même pensons que cela fait partie d’une attaque coordonnée de la police contre les communautés noires et de couleurs”, a tweeté le lendemain le romancier Robert Jones Jr., en faisant référence aux manifestations du mouvement Black Livers Matter à New York. “Ils veulent déstabiliser et désorienter le mouvement”. L’auteur américain a supprimé ses tweets depuis.