Pourquoi voit-on si peu de scooters à New York ?

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A Paris, des hordes de scooters attendent en ligne à chaque feu rouge. La région Ile-de-France compte 490 000 deux-roues motorisés, d’après la dernière enquête publique sur ce sujet, et 8% des ménages en possèdent un. A New York, on en croise dix fois moins. Les statistiques de la ville font état de 42 749 deux-roues, dont 2 194 scooters ou vélo-moteurs dans les cinq boroughs. Pourquoi?

Tout d’abord à cause des règles de parking, et des frais liés au stationnement.

Contrairement à Paris, il n’y a quasiment aucune place réservée aux scooters et motos à New York. Ces véhicules doivent se garer au même endroit que les voitures, et sont soumis aux mêmes règles tarifaires. Garer son scooter à New York peut vite devenir un cauchemar, et coûter très cher. Surtout si vous devez payer une place dans un garage.

Ainsi, les scooters ne sont pas autorisés à stationner sur les trottoirs – alors qu’à Paris, cette pratique est davantage tolérée lorsqu’ils ne gênent pas. “Certains conducteurs réussissent à avoir des arrangements avec des super-intendants pour se garer sur les trottoirs (puisqu’à New York les immeubles sont aussi responsables des trottoirs qui les bordent, NDLR), mais la plupart du temps, c’est interdit, et les amendes vont de 60 à 150 dollars à chaque fois”, constate Veronica Elyse, du magasin Vespa Queens, qui précise que des groupes militent pour obtenir la création de places pour les deux-roues.

Par ailleurs, les procédures administratives pour conduire un scooter sont plus compliquées qu’en France. Dans l’Etat de New York, toute moto qui peut aller au-delà de 30 miles par heure (48 km/h) est considérée comme “classe A”, et requiert un permis moto (permis M). En France, l’explosion des scooters dans les années 1990/2000 a bénéficié de la règle qui permettait à tout titulaire du permis de conduire “voiture” de piloter un deux-roues jusqu’à 125 CC. Depuis 2011, une formation supplémentaire est nécessaire (pour les nouveaux conducteurs en tout cas), mais le scooter était suffisamment installé dans le paysage urbain pour survivre à cette contrainte administrative.

Au contraire, à New York, le candidat scooteriste doit faire preuve de persévérance puisqu’il faut passer le permis de conduire moto qui, s’il est beaucoup plus simple qu’en France, exige néanmoins du temps, et de l’argent. Toutefois si votre scooter ou vélo-moteur roule à moins de 30 Mph (48 Km/H), il est de classe B ou C et un simple permis de conduire automobile suffit (voir ici pour l’obligation d’un permis new-yorkais). Plus largement, le code de la route new-yorkais rend la vie difficile au pilote de scooter, comme par exemple l’interdiction de rouler entre deux files de voiture, même à l’arrêt (ce qui est par exemple autorisé dans l’Etat de Californie).

D’autres facteurs contribuent à expliquer le faible nombre de scooters dans les rues new-yorkaises. L’état des routes, pleines de nid-de-poules ; l’étendue de la ville, bien plus importante que Paris ; la sévérité de l’hiver –  même s’il existe de multiples équipements contre le froid. Beaucoup de conducteurs de scooters renoncent à sortir leur engin pendant trois mois, quitte à payer un garage – ce qui là aussi, fait grimper la facture.

Enfin, le scooter ne fait pas partie de la mythologie américaine. Depuis l’ère Ford, le pays s’est construit autour de l’automobile, longtemps symbole de la puissance américaine, et la voiture reste le mode de transport de référence. D’ailleurs, à Manhattan, il est bien plus facile de grimper dans un taxi que de garer un scooter – à Paris, c’est plutôt l’inverse.

Malgré tout cela, le nombre de conducteurs de scooter est en augmentation à New York. “Nous avons doublé nos ventes en à peine un an. Nous avons une grosse clientèle européenne. Nos clients, ce sont en majorité des hommes de 30 à 50 ans, des avocats, des commerciaux, des financiers qui l’utilisent pour aller au travail”, affirme Véronica Elyse.

Même constat pour Andrew Hadjiminas, président de Vespa Brooklyn : “mes ventes de scooters augmentent de 25% par an, et nous avons désormais autant de femmes que d’hommes qui viennent nous voir”, assure-t-il. “C’est un marché très jeune, encore petit, mais promis à un bel avenir.”  Attendez-vous donc à voir un peu plus de scooters vrombir le long des avenues new-yorkaises.