Pourquoi les médicaments sont-ils si chers aux Etats-Unis ?

Environ deux fois et demi les prix français. C’est ce que vous devez vous attendre à payer pour vos médicaments ici. Mais c’est parfois bien plus et surtout, vous n’êtes jamais à l’abri d’une mauvaise surprise : le coût d’un traitement qui explose du jour au lendemain, un médicament en situation de monopole qui couterait une petite fortune et ne parlons pas des traitements dits “innovants” dans les domaines du cancer par exemple, qui se chiffrent à des milliers de dollars par mois.

Quelques exemples: le prix indicatif de l’antidiabétique Januvia avoisine $380 pour 30 capsules contre 40 euros en France. Comptez environ $35 pour neuf comprimés d’antibiotique générique amoxicilline/clavulanate contre 5,5 euros en France. Enfin, un traitement par Sovaldi, le seul à permettre de guérir de l’hépatite C vous reviendra à $84.000 la cure versus 41.000 euros dans l’hexagone. Par ailleurs, les prix sont totalement opaques, variant d’une pharmacie à une autre et selon les lieux. Pourquoi les médicaments sont-ils si chers aux Etats-Unis? C’est la question bête de la semaine.

Même si les médicaments s’échangent souvent à un tarif plus raisonnable en raison de rabais accordés à certains programmes d’assurance publics comme Medicaid ou de négociations avec des intermédiaires qui travaillent pour certaines assurances, les coûts excessifs aux Etats-Unis s’expliquent par l’absence totale d’encadrement des prix.

Les laboratoires fixent librement leurs tarifs, sans contrainte, sans réglementation, sans justification. Ces derniers suivent donc la loi du marché et fluctuent selon l’offre et de la demande. Et cette dernière se porte plutôt bien puisqu’en 2014, les prix des médicaments ont augmenté en moyenne de 14%, soit le double de tous les autres postes de santé (consultations, hôpital, etc.).

« Les prix ne reposent ni sur les investissements de recherche, ni sur les coûts de production, ni même sur l’efficacité des produits mais sur ce que les patients et les assurances seront prêts à payer pour l’avoir dans une logique de rentabilité maximum”, estime Meredith Rosenthal, professeur d’économie de la santé à Harvard. 

Ce biais, les Américains commencent à bien le sentir. Une récente étude de la Kaiser Family Foundation révèle que 72% d’entre eux jugent les prix des médicaments déraisonnables. Un quart d’entre eux ont du mal à se payer leur traitement et ce taux grimpe à 43% pour ceux qui sont très malades en raison de restes à charge pouvant s’élever à plusieurs milliers de dollars par mois. Autant dire que pour certains « c’est rembourser son emprunt immobilier ou se soigner », selon les termes d’Hillary Clinton qui s’est emparée, comme d’autres candidats à la présidentielle, de ce sujet populaire pour sa campagne.

Rien ne devrait pourtant tellement changer dans les années à venir. Les républicains ne s’émeuvent pas de la situation qui protège l’un des secteurs le plus dynamique et performant pour l’économie du pays et les démocrates ont déjà annoncé leur intention ne pas réguler les prix, restant attachés à l’économie de marché. Tout au plus, Medicare pourrait peut-être enfin négocier les tarifs avec les laboratoires, ce qui lui est aujourd’hui interdit… Et puis « n’oublions pas que tous les postes de santé sont très couteux aux Etats-Unis, les consultations, les interventions de paramédicaux, les hospitalisations, donc un médicament peut s’autoriser à être cher s’il épargne des soins et génère au final une économie financière pour le patient et l’assureur », estime Steven Pearson, Président de l’Institute for Clinical and Economic Review (ICER). Vu comme ça…