Pour Vanity Fair, Paris est “en flammes”

Paris en flammes” , c’est le titre provocateur qu’a choisi Vanity Fair pour un long reportage sur la situation des juifs en France, qui apparait dans son numéro d’août.

A travers une série de portraits et d’interviews, notamment celui d’un otage de l’Hyper Cacher, la journaliste Marie Brenner brosse le portrait d’une communauté confrontée à une “question troublante: est-ce l’heure de partir?”

“L’heure de partir?”

Ce n’est pas le premier article sur le sujet – ils se sont multipliés au lendemain des attaques terroristes de janvier à Paris. Mais celui-ci se distingue par sa longueur et le choix des personnages.

Outre l’un des otages de l’Hyper Cacher, on trouve dans cette fresque le PDG d’une grande marque de luxe, qui veut rester anonyme. Il assiste, atterré, à une manifestation pro-palestinienne en juillet 2014 Place de la République au cours de laquelle une croix gammée est dessinée sur le piédestal de la statue de Marianne; un ancien commissaire de police – “un Colombo sépharade” – qui répertorie minutieusement les actes antisémites; un policier syndicaliste marié à une juive qui s’arme quand il va à la synagogue…

“Le poulet cacher”

De tous ces personnages, c’est bien l’histoire du commissaire à la retraite, Sammy Ghozlan, qui occupe le plus de place. Surnommé le “poulet cacher” dans la banlieue où il a travaillé, il supervise depuis 15 ans le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme. En juillet 2014, en voyant la tristement célèbre croix gammée de la Place de la République, il décide de quitter la France avec sa famille pour s’installer en Israël. “Chose impensable pour ceux qui le connaissent bien, comme moi” , remarque la journaliste.

Revenir (en France) de manière permanente était hors de question, mais cela n’a pas été facile pour Ghozlan de déconnecter. « Je suis profondément français », me dit-il. « J’ai fait mon service militaire dans l’aviation. J’aime les valeurs de la France, sa culture, son histoire, sa cuisine, ses philosophes et ses artistes. Je n’avais jamais imaginé que je partirais un jour. J’ai mené le combat pendant 15 ans et toutes nos mises en garde n’ont servi à rien »” explique-t-il à Vanity Fair.

« La France était différente à l’époque »

L’autre temps fort de ce reportage est l’interview d’un otage de l’Hyper Cacher, qui se fait appeler “André”. Informaticien, il a été forcé par Amedy Coulibaly à l’aider à mettre en ligne les images du massacre enregistrées sur sa GoPro. Il partage avec la journaliste ses impressions sur le terroriste.

Ce qu’André ne révéla jamais à Coulibaly était qu’en fait, au début de sa carrière, il avait enseigné dans une banlieue sensible. « La France était différente à l’époque », me dit-il. « Dans les années 90 nous n’avions pas de problèmes. J’avais des élèves qui me rappelaient Coulibaly. Ils fonctionnaient en dehors du système. Nous étions formés pour travailler avec eux. La première étape, explique-t-il, consistait à toujours leur témoigner notre respect. « Je savais les écouter et ne pas discuter avec eux. Je ne les tutoyais pas. Pas avant qu’ils commencent, eux, à me tutoyer ». Il a utilisé ces méthodes lors de ses interactions avec le terroriste pour tenter de l’apaiser.

« M. Ghozlan a quitté la France »

La tonalité de l’article est clairement pessimiste pour l’avenir des juifs de France. “La France a la population juive la plus importante d’Europe (et la troisième du monde, après Israël et les Etats-Unis) et a toujours été considérée comme le laboratoire pour observer la situation en Europe. Mais les juifs représentent moins de 1 pour cent de la population française. Malgré cela, selon le S.P.C.J., les juifs sont la cible de 51 pour cent de tous les actes racistes en France. Le pays est devenu la source majeure d’immigrés en Israël” , note-t-elle.

L’auteure termine son reportage en racontant que le ministère de l’Intérieur s’est rendu chez l’ex-commissaire Ghozlan après l’Hyper Cacher pour lui dire qu’un garde du corps serait affecté à sa protection. “Les locataires de Ghozlan les informèrent : « M. Ghozlan a quitté la France », et leur transmirent sa nouvelle adresse en Israël” .

A lire en français et en anglais.