En Californie, une Française roule pour les skates en bois recyclé

Décor soigné, drip coffee préparé avec zèle : c’est dans la cour intérieure du Blue Bottle Café de Palo Alto que l’on retrouve la Française Margot Czeropski. « Voilà le Taiter, l’un de nos modèles. Désolée, celui-ci n’a pas ses roues », dit-elle en présentant, modeste, l’un des skates de Potaito Boards, la marque qu’elle a lancée officiellement en 2015.

Trois tons différents de bois dessinent un motif dans la longueur, que les nervures renforcent. La tranche révèle une même alternance dans l’épaisseur, « une technique de fabrication de meubles », résume Margot Czeropski. Cette inspiration est leur particularité: ces skateboards (à partir de 175$) sont presque entièrement faits de bois d’oeuvre recyclés, collectés auprès des fabricants de meubles de la Baie.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. « Ce qu’on fait, c’est d’abord un skate de haute qualité, fait main, aux Etats-Unis. Ensuite, oui, on essaie qu’il soit écologique… C’est une obligation morale, quand on a la vingtaine et qu’on monte une entreprise, vu les problèmes de pollution actuels », résume cette Franco-américaine de 23 ans (« 24 en mars »), qui est née et a grandi dans la Baie.

Margot Czeropski a terminé ses études en production cinématographique à Orange County il y a deux ans, puis travaillé un an au marketing chez Google. Une entreprise qu’elle a quittée pour s’essayer à plusieurs expériences dans la publicité en freelance et dans l’aventure Potaito Boards, en préparation « depuis cinq ou six ans ».

Au fait, d’où lui vient l’idée ? « C’est mon copain, Tait Detro [co-fondateur de Potaito Board]. On s’est rencontrés au lycée. Son père fabrique des meubles en bois et lui-même fabrique des skates depuis longtemps. » Le skate, Margot Czeropski en a toujours fait. “Pour moi, c’est un moyen de transport, c’est tout.”

 « Les boards qu’on voit actuellement sont petits, souples, pas pratiques pour des débutants. Ils sont très souvent importés et fabriqués avec de la fibre de verre, qui est un peu le pire pour l’environnement. »

Potaito Boards, qui vend aujourd’hui dans 20 magasins de la Baie et un à Paris, fait un pari différent. « Ce qu’on essaie de faire, c’est le vrai produit des années 1950-60 en Californie. Un peu comme le In and Out Burger : il n’y a que quelques menus, tout est simple et bien fait », illustre-t-elle. De fait, le site léché de la marque met en vente trois modèles de planches, un lot de stickers et un T-shirt. Point. « On est “purist” », résume Margot Czeropski.

Cela se sent aussi dans les vidéos de la marque (qu’elle a réalisées). Quand on lui demande si elle veut poursuivre ses différentes passions en parallèle, elle s’amuse : « J’ai grandi en Californie, et ici, il n’y a pas que l’école qui compte : on va en cours, on fait du piano, du sport, du coup, oui, je pense que c’est possible de faire trois carrières en même temps ! »

De ses séjours réguliers en France, elle a remarqué que les Français aimaient beaucoup la Californie, “même s’ils en ont une image qui reste bloquée dans les années 50… Et l’inverse est vrai aussi”, rit-elle.

Le point de rencontre entre les deux mondes, pour Potaito Boards, pourrait être la ville de Nice. « Il y a une vraie culture du skate, là-bas », affirme Margot Czeropski, qui, en revanche, se voit plutôt à Los Angeles ou Santa Barbara dans deux ou trois ans. “C’est là qu’il y a tous les magasins de skate et une grosse communauté.”