“Populiste”, “inutile”: les candidats à la législative hostiles à la publication de leur patrimoine

L’affaire Cahuzac a des répercussions en Amérique du Nord. Franck Scemama, le candidat du parti socialiste à la législative partielle des 25 mai et 8 juin, a publié jeudi, sur son site, sa déclaration de patrimoine et d’intérêts.

A la lecture de ce document, on apprend que M. Scemama a “un plan épargne en actions évalué à 2.079,40 euros dont 2.072,30 euros en actions France Telecom“, qu’il est le colocataire d’une maison en Charente-Maritime et qu’il paie la moitié d’un loyer de 610 euros, ou encore qu’il est le propriétaire d’une Renault Mégane II et a souscrit, pour sa campagne, “plusieurs prêts personnels pour un montant total de 15.500 euros auprès de membres de ma famille et de la Fédération des Français de l’Étranger du PS (2.500 euros)“. M. Scemama indique qu’il a, avec sa suppléante Annie Michel, signé la charte AntiCOR pour les éléctions législatives. Cette association créée en 2002 a pour objectif de réhabiliter l’honnêteté dans la vie politique française.

En raison de règles locales plus strictes qu’en France, les Français d’Amérique du Nord attachent beaucoup d’importance à la prévention précoce du conflit d’intérêts et à la promotion de l’exemplarité fiscale, affirme Franck Scemama dans un communiqué. C’est pourquoi j’invite les autres candidats à cette élection à suivre mon exemple“.

Cette publication fait suite à la mise en ligne, lundi, du patrimoine des ministres, dans le cadre de la “moralisation de la vie politique” voulue par François Hollande dans la foulée de l’affaire Cahuzac. Un geste qui a divisé la classe politique française. Et qui divise aussi les candidats à la législative en Amérique du Nord. “Je trouve cela ridicule… Et très démago!” tacle Damien Regnard, candidat divers droite, qui indique qu’il publiera tout de même sa déclaration sur son site si Frédéric Lefebvre et Louis Giscard d’Estaing le font.  “Je n’ai rien à cacher, et me prêterai à ce jeu populiste . Une maison à la Nouvelle Orléans (…) deux voitures dont une de 2001, le quart du cinquième d’une maison familiale en Auvergne“.

Rappelons que chaque député est déjà tenu par la loi de déposer auprès de la Commission pour la transparence financière de la vie politique, au début et à la fin de son mandat, une déclaration certifiée sur l’honneur exacte et sincère de sa situation patrimoniale. Quant à  l’idée de rendre publique la déclaration de patrimoine pendant la campagne, elle ne fait pas recette. “Publier un état patrimonial pendant la campagne est sans fondement logique et permet simplement à M. Scemama de faire un peu de bruit autour de sa propre personne, tonne Gérard Michon (divers droite). J’espère que les autres candidat ne commettront pas l’erreur de suivre les pseudo-règles que M. Scemama a jugé bon de s’édicter pour lui-même.

Pour sa part, Frédéric Lefebvre n’a pas l’intention de publier sa déclaration de patrimoine pour le moment. Pour le candidat de l’UMP, ces “excès de transparence de patrimoine” laissent les Français “indifférents” et servent à masquer les problèmes“. “Les Français ont soif d’authenticité et d’honnêteté en règle générale. Ils ne veulent pas savoir qui est le plus riche ou le moins riche des élus. Ce n’est pas la question, estime-t-il. Bien sûr, si la loi est votée , j’en prendrai acte et m’y conformerai“. Thierry Franck Fautré (Front National) dénonce une transparence en trompe l’oeil. “Le problème n’est pas le patrimoine lui même. Il est de savoir d’ou vient l’argent.

Même analyse au MoDem. “Le dévoilement des patrimoines est une pirouette médiatique de plus pour essayer de faire oublier rapidement l’affaire Cahuzac en se drapant dans une vertu soudaine et bien superficielle ; elle ne dit rien de sa provenance, par exemple“, écrit son candidat en Amérique du Nord Nicolas Druet. Pour lui, c’est clair: hors de question de publier son patrimoine. “Je ne participerai pas à ce spectacle, tout en précisant que si je suis élu député des Français d’Amérique du Nord, je serai à plein temps dédié à mon travail d’élu, sans autre activité professionnelle, ni autre revenu complémentaire et ferai ma déclaration comme la loi le prévoit.

Député de 2002 à 2012, Louis Giscard d’Estaing (UDI) a pour sa part déclaré son patrimoine auprès de la commission pour la transparence, mais ne le publiera pas. Il critique le geste du candidat socialiste, lui reprochant de ne pas avoir cité Jérôme Cahuzac comme raison de son opération transparence et de passer sous silence les conflits d’intérêts au sein de sa famille politique. “J’invite Franck Scemama à faire preuve sur ces sujets de plus de modestie, et à ne pas chercher à se poser en modèle, car sinon cela ne serait pas crédible venant du candidat PS dans la période actuelle, ou pire, pourrait se retourner contre lui.

A gauche aussi, la démarche du socialiste est critiquée. Vérificateur en éthique financière, le candidat d’Europe Ecologie les Verts (EELV) Cyrille Giraud a également signé la charte AntiCOR, mais refuse de dévoiler son patrimoine. “Cela me semble une surenchère inutile puisqu’aucun organisme indépendant n’authentifierait la véracité de ma déclaration.

Enfin, la candidate du Parti Pirate Véronique Vermorel n’a pas non plus l’intention de publier ses avoirs, même si elle prévoit de rendre publique ses dépenses et d’associer les électeurs à la distribution de la réserve parlementaire si elle est élue. “Ce que je possède et ce que je fais de mon argent ne regarde que moi. Est-ce que j’économise pour mes vieux jours ? Est-ce que je flambe tout mon salaire ? C’est mon choix et c’est ma vie privée. Et c’est mon intimité tant que je n’enfreins ni la loi ni la morale, se justifie-t-elle. L’actuel déballage des patrimoines, dont il faut rappeler qu’il est purement déclaratif et passablement dénué d’intérêt, tient davantage du voyeurisme de la télé-réalité que de la transparence politique“.

Céline Clément (Front de gauche) n’avait pas répondu à notre demande de commentaire à la publication de ces lignes.