Perdu à l’école

Chère Vivian,

Nous sommes arrivés de France en janvier et notre fils de 11ans ne veut plus rester dans le système scolaire américain. Il se fait taquiner tous les jours sans vraiment comprendre pourquoi. Souvent il entend parler de lui derrière son dos, on le traite de « Frenchie » et personne ne joue avec lui en recréation. Nous pensions avoir pris la meilleure décision pour notre fils en choisissant l’immersion totale. Je suis profondément perturbée d’autant plus que mon mari m’accuse d’être une mère trop protectrice, trop à l’écoute de notre enfant. Le suis-je ? Que faire pour l’aider ?

Christine D., Brooklyn

Chère Christine

Combien de familles en expatriation n’ont-t-elles vécu cette impasse ?! D’un côté, l’idée de plonger son enfant tout feu tout flamme dans l’aventure américaine est très tentante avec l’espoir d’un enfant devenu parfaitement bilingue, à l’aise dans les deux langues comme dans les deux cultures. Et tout ceci en moins de 6 mois. Malheureusement, l’école est un environnement social avant tout, particulièrement à cet âge pivot de la « pré- Adolescence », ou « tweenie » comme on dit ici.

Que recherche votre petit tout juste au sortir de l’enfance ? LA CONFORMITÉ! Baskets, vêtements, coiffure : l’enfant de cet âge ne veut surtout pas se distinguer. Or voilà que vous le précipitez dans une uniformité nouvelle, celle des petits Américains de son âge, de sa nouvelle école. La lutte n’est pas égale, ni fraternelle car même en faisant de son mieux, en se faisant tout petit, il se fait remarquer. C’est normal. L’enfance est souvent cruelle, nous le savons, ici à Manhattan tout comme à Paris, à Lyon ou à Marseille. La différence est que votre fils lui n’a pas demandé à venir s’installer ici. Il était bien content dans son lycée familier avec ses vieux copains et sa grand-mère autour du coin. Il n’a pas fait partie de la décision, du choix de l’appartement, du quartier, de l’école, du système scolaire. Sans aucun doute, le jour de la rentrée en janvier est arrivé avec un grand mal au cœur.

Alors bon quoi faire ? Tout d’abord ne pas vous affoler, ne pas vous décourager, ne pas vous culpabiliser et surtout ne pas vous disputer avec votre époux au sujet du malheur ou mal de bonheur de votre fiston. Permettez moi de vous rappeler que les enfants s’adaptent au moins deux fois plus rapidement que les adultes aux mêmes situations car eux et bien, ils ont notre attention et soutien a 100% n’est ce pas. Par contre ensemble vous avez quelques mesures pratiques à appliquer le plus rapidement possible.

Tout d’abord shopping : traînez à la sortie de l’école, regardez les garçons défiler. Objectif : saisir les codes vestimentaires. Impossible de demander à regarder les marques mais il suffit de traîner chez Gap, Old Navy (ou Abercombie) pour ne pas se tromper. Remarquez aussi les cartables, ou plutôt les sacs a dos, attention pas de couleur pour les garçons, du noir ou du bleu marine, c’est tout. Rappelez-vous le mot du jour, conformité même si votre bon goût en souffre.

Ensuite examinez ce que vous donnez à manger à votre fils pour le lunch, rappelez-vous combien la nourriture contient du symbolisme Maman-enfant. Tout d’abord achetez les fameux « lunch bags » sac en papiers a jeter après usage. Oubliez les bons sandwichs jambon, beurre gruyère sur baguette, les carottes, le yaourt Yoplait et la bouteille d’Evian. A présent c’est deux tranches de pain pomme de terre, le beurre arachide, la confiture mauve au raisin,un paquet de chips, du jus de pommes et peut-être une banane. Sachez que même à cet âge chaque enfant remarque ce que l’autre mange. Conformité encore et toujours, même si vos convictions en matière d’alimentation en souffrent.

Troisième conseil pratique : Renseignez vous auprès de la direction sur les sports pratiqués ou quels clubs d’activités sont offerts en « after school ». Après avoir choisi avec votre fils ce qui l’intéresse, l’intrigue ou un sport qu’il pratique bien, inscrivez -le le plus rapidement possible. Ceci lui permettra de faire partie de plus petits groupes, de participer à une activité qui lui fasse plaisir et surtout il commencera à s’intégrer, à participer à la vie sociale de l’école. Conformité, même si cela veut dire laisser tomber la leçon particulière d’anglais.

Voila Christine, un début qui sous des dehors pratiques cache une approche pédagogique et psychologique qui prend en considération les challenges d’un nouvel arrivant dans un système scolaire strictement codifié. Il faut apprendre à décoder les règles sociales afin de petit a petit s’y sentir à l’aise. Vous verrez alors l’apprentissage de la langue se fera plus aisément et votre fils s’épanouira.

Pour poser vos questions à Vivian: [email protected]

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