De pédiatre des stars à patron de bistrot: l’empire de Michel Cohen

Il suffit de quelques minutes en sa compagnie pour que Michel Cohen se fasse alpaguer par des passants. Des mamans, des ex-patients, des « vieux copains » viennent saluer ce pédiatre bronzé et sympa en blouson de cuir, qui ressemble plus à un photographe branché qu’à un docteur.

Il faut dire qu’à Tribeca, Michel Cohen est connu comme le loup blanc. Et Saleya, le bistrot méditerranéen qu’il a ouvert en 2013 sur West Broadway, lui permet d’asseoir un peu plus cette réputation. « L’idée, c’était de créer un lieu d’habitués. C’est un rêve de gosse », relève-t-il. Ses patients viennent y manger un morceau. Attablé au comptoir, il reconnait néanmoins que cette aventure loin de ses domaines de prédilection n’est pas évidente. « C’est un métier difficile », dit celui qui a viré sa première chef car elle n’avait « pas l’esprit business ». « Il faut surveiller la qualité en permanence, et meme si on a plein de clients, les marges sont faibles »

Plus faibles que dans la pédiatrie, c’est sûr. Dans ce domaine, ce médecin-businessman a construit une entreprise florissante, Tribeca Pediatrics. L’histoire débute il y a 25 ans, lorsque ce jeune diplômé de la fac de médecine de Nice débarque à New York pour suivre sa copine américaine. Il passe les équivalences pour exercer aux Etats-Unis, et ouvre sa consultation pédiatrique à Tribeca, quartier qui entamait alors sa mutation. Petit à petit, le French Doctor se forge une réputation auprès des expatriés français, et des bobos qui transforment en lofts les ateliers du quartier.

Il promeut alors des méthodes non conventionnelles : peu de prescriptions, peu d’antibiotiques. « Aux Etats-Unis, la médecine est très défensive. Les médecins soignent en faisant tout pour éviter les procès. Je n’ai jamais pratiqué comme cela. » Il est aussi adepte d’un « laisser-faire » très français (laisser les enfants pleurer pour qu’ils fassent leurs nuits, ne pas les surbooker d’activités, ne pas placer l’enfant au centre de tout).

La mayonnaise prend, au point que Tribeca Pediatrics se décuple, devient une marque. Au milieu des années 2000, Michel Cohen est estampillé « pédiatre des people » (il est cité par Nathalie Portman, Edie Falco, Heidi Klum, Jennifer Connelly). Aujourd’hui, il compte 200 salariés (dont 40 docteurs) dans ses 15 cabinets. Un petit empire, grâce auquel il s’est payé une maison à Gowanus (un quartier industriel de Brooklyn), et qui lui permet de passer pas mal de temps dans son autre maison en République Dominicaine. « Je suis passionné de surf », lâche le quinquagénaire, père de trois grands enfants.

Il continue de voir des patients un jour par semaine, et se consacre surtout à l’expansion de Tribeca Pediatrics. Sur son bureau en ce moment, des projets de cabinets en Californie (il en a déjà ouvert deux l’année dernière), et à New York – Sunset Park, Forest Hill, Ditmars. « Ma clientèle, c’est la classe moyenne ou supérieure plutôt branchée, qui s’installe dans des quartiers pionniers ». La demande suivra-t-elle ? « Bien sûr », assure-t-il. « Beaucoup de médecins pensent que s’ils sont bons, ca suffit. Ils ont un accueil nul, des affiches horribles. C’est important de faire attention aux détails. Par exemple, chez nous, chaque patient reçoit un e-mail avant sa venue, qui explique comment la visite va se passer. Je peaufine en permanence le protocole des réceptionnistes, et on fait beaucoup de formations ». Dans le cabinet de Tribeca, sur Warren Street, la salle d’attente est meublée comme un show-room, les enfants s’amusent avec des jouets en bois sous des luminaires design, sur fond de musique pop.

Michel Cohen a aussi un autre projet : ouvrir des cabinets dans des quartiers défavorisés, comme East New York et le Bronx, grâce à l’argent récolté par sa nouvelle fondation. Sans renoncer à son esprit business. « Même avec des patients Medicaid, on peut dégager des marges. Mais là, l’idée sera de réinvestir dans la communauté, pour aider les écoles du quartier. »  

Le site de Tribeca Pediatrics.