Le patron des taxis G7 en excursion au pays d’Uber

Quand le PDG de G7, par ailleurs président de l’Union nationale des industries du taxi, vient en Californie, on pourrait imaginer une guerre des civilisations.

Et pourtant, Nicolas Rousselet, patron du plus célèbre des groupes de taxis de France détenant 60% du marché parisien, est moins arc-bouté sur son modèle que ce que l’on aurait pensé.

« Je viens une fois par an aux Etats-Unis, afin de découvrir les idées intéressantes qui pourraient être importées en France », assure l’homme, de passage dans la Silicon Valley et à Los Angeles.

Il en a profité pour défendre son créneau : un modèle de taxi à l’ancienne, mais relooké avec de nouveaux services. “Les nouveaux entrants [comme Lyft ou Uber] changent les attentes des clients. La concurrence n’est pas une menace, elle nous pousse à l’amélioration. On peut avoir le meilleur des deux mondes”, aime-t-il à répéter.

Ainsi, le groupe G7 s’est lui aussi mis au mobile “on demand”, avec son application eCab. « Elle permet de sélectionner les meilleurs taxis, avec 10 000 chauffeurs répertoriés, offre la possibilité de réserver une course, des véhicules VIP, d’avoir la 4G ou encore de choisir un taxi vert. Tout en offrant un service réglementé et professionnel. »

L’industrie du taxi à Los Angeles à la dérive

A Los Angeles, Nicolas Rousselet a observé le déclin de l’industrie des taxis traditionnels. Les derniers chiffres, publiés par le service des transports de la cité des anges, estiment à 28% la baisse de demande de services de taxis entre 2012 et 2015. “On ne dénombre que 2400 taxis, contre 18 000 à Paris. Il y a des choses à faire, comme améliorer la qualité de service pour tirer le marché par le haut. Il y aurait notamment une clientèle pour une offre VIP.”

Refusant d’être pessimiste, Nicolas Rousselet défend une certaine conception du travail, basée sur un service sécurisé. “C’est un élément très important: nos chauffeurs sont des professionnels qui travaillent à temps plein et dont le casier judiciaire est vérifié“, argue-t-il, faisant référence à ses concurrents.

“Nous n’avons pas forcément la même vision des choses. Je ne suis pas un grand fan de cette économie où les gens travaillent beaucoup d’heures pour peu de chose”, attaque-t-il gentiment, exigeant au passage de la transparence de ses concurrents, en particulier sur le nombre de VTC en circulation.“En France, la loi a interdit “Uber pop” qui représentait une concurrence déloyale. Il est facile de casser les prix lorsque l’on ne paie pas les mêmes charges.” 

Un homme qui veut anticiper

Entre deux séjours aux Etats-Unis et un agenda français bien rempli, Nicolas Rousselet a rédigé un livre numérique, intitulé Humaniser l’économie du partage. Traduit en anglais et en vente sur Amazon fin avril, il l’a présenté à ses interlocuteurs américains. “La révolution digitale peut être un outil pour améliorer l’expérience de nos clients, en prenant le meilleur du numérique pour créer la ville du futur”, défend-t-il.

Nicolas Rousselet pourrait avoir d’autres tours dans son sac. « Une installation aux États-Unis ? Je n’en sais rien, mais je regrette qu’il n’y ait pas d’application comme eCab à L.A. »

Après avoir arpenté la Silicon Valley à la rencontre des cadres de Google, Zendesk, et rencontré des universitaires de Berkeley, puis fait une halte à la Chambre de commerce franco-américaine de Los Angeles, il rentrera en France avec plein de nouvelles idées.

Ses voyages ont déjà porté leurs fruits, puisqu’il a importé le concept du self-stockage en France en 1996, avec la création de HomeBox, qui appartient au groupe G7. Aujourd’hui, il aimerait s’inspirer des modèles de location entre particuliers, pour développer l’offre de sa société de location de véhicules ADA. Ou comment faire du neuf avec du vieux.