Montebourg vs l’américain Titan: le duel épistolaire qui passionne

La correspondance épistolaire entre Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, et Maurice Taylor président américain du fabricant de pneus agricoles Titan International, sera peut-être à ranger bientôt aux côtés des classiques du genre: Les Lettres persanes de Montesquieu ou Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

Dans des lettres échangées, et rendues publics par les Echos, les deux hommes se livrent à un affrontement écrit inédit et passionnant. C’est Martin Taylor qui a “tiré” en premier. Dans une lettre adressée à Montebourg le 8 février, le PDG américain explique pourquoi son entreprise, qui fabrique des pneus de tracteur, a refusé de reprendre l’usine Goodyear d’Amiens Nord. Il n’y va pas par quatre chemins.

J’ai visité cette usine plusieurs fois. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures”. 

“Votre lettre signale que vous voulez que Titan démarre une discussion. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ?”.  

“Vous pouvez garder vos soi-disant ouvriers, Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens nord“.

Maurice “Morry” Taylor, le “grizzly” comme on le surnomme ici aux Etats-Unis, n’a pas la langue dans sa poche. Patron de Titan depuis 1992, ce n’est pas la première fois que Maurice Taylor s’en prend à un dirigeant politique. A l’occasion d’une grève dans une usine Titan en 1999 (dans l’Iowa), Taylor avait déjà adressé une lettre au sénateur local, plutôt favorable aux salariés : “Avez-vous déjà regardé ce qu’il se passe vraiment, ou êtes vous juste branlé à la machine à fric des syndicats ?“. D’un côté ou l’autre de l’Atlantique, Maurice Taylor ne ménage personne, lui qui s’était présenté à l’investiture républicaine à la présidentielle en 1996.

La réponse d’Arnaud Montebourg ne s’est, évidemment, pas faite attendre. Habitué des tribunes médiatiques et orateur reconnu, le ministre du redressement productif ne perd rien de sa verve à l’écrit et se permet même de menacer, en conclusion de sa lettre, le PDG américain.

“Vos propos aussi extrémistes qu’insultants témoignent d’une ignorance parfaite de ce qu’est notre pays, la France, de ses solides atouts, comme de son attractivité mondialement reconnue et de ses liens avec les Etats-Unis d’Amérique”. 

 “Loin de vos propos ridicules et désobligeants, l’ensemble de ces entreprises connaît et apprécie la qualité et la productivité de la main d’oeuvre française, l’engagement, le savoir-faire, le talent et les compétences des travailleurs français”. 

 “Puis-je vous rappeler que Titan est 20 fois plus petite que Michelin, notre leader technologique français à rayonnement international et 35 fois moins rentable ?”

“Vous voulez exploiter la main d’oeuvre de certains pays pour inonder nos marchés. Soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller par les services compétents du gouvernement français avec un zèle redoublé vos pneus d’importation”.  

“Made in France” ou “Buy American” ?

Interrogé par l’AFP, Martin Taylor a souhaité réagir, une fois de plus, et prolonger l’affrontement par presse interposée.

«Je n’écris pas de lettres toutes roses», ce n’est pas “une lettre à une petite amie, on parle d’affaires”, insiste-t-il.

«Bientôt, en France, il n’y aura plus d’emplois et tout le monde passera la journée assis dans les cafés à boire du vin rouge», conclut-il, dans un style qui n’est pas sans rappeler cette vidéo, mise en ligne en 2008, et dans laquelle Maurice Taylor vante les mérites de la production américaine (“Buy American“). Difficile à ce stade-là de ne pas y voir un echo au “Made In France“, défendu si chèrement à l’automne dernier par… ce cher Arnaud Montebourg.