À Ottawa, Ayrault enterre trop vite les Oubliés de Buffalo

Il n’y a donc plus lieu de parler des Oubliés de Buffalo. Oui, mes chers compatriotes, c’est comme ça qu’on les appelait“. En prononçant ses quelques mots, mercredi, devant la communauté française d’Ottawa, Jean-Marc Ayrault a enterré un peu vite le dossier des “Oubliés“, si l’on en croit les principaux intéressés.

Ces derniers jugent les propos du Premier ministre “écrasants“. “C’est un dossier loin d’être clos“, insiste Laïla Chatellier, l’une des trois fondatrices du mouvement. “Seuls 25% des dossiers ont été traités jusque-là. Dix mille personnes c’est énorme, c’est une petite ville. Tant que ces 10.000 personnes-là n’auront pas obtenu leur résidence permanente, nous continuerons à nous battre. Qu’on ne nous enterre pas comme ça, laissez-nous exister !

Retours en France

En décidant de fermer en mai 2012 son consulat à Buffalo, le gouvernement canadien a mis près 10.000 personnes, en attente de leur autorisation de résidence permanente au Canada, sur la touche. Parmi eux, de nombreux Français. Trois d’entre eux ont créé un groupe, « Les Oubliés de Buffalo », pour permettre aux personnes concernées de voir leur dossier traité équitablement, et dans un délai raisonnable. “Certains ont dû repartir dans leur pays car ils étaient au bout de tout statut possible. D’autres sont étudiants ou ont pu renouveler leur permis de travail temporaire. Il y a aussi la possibilité du VISA tourisme, mais on ne peut pas travailler en même temps…“, raconte Nadine Cambefort, co-fondatrice du mouvement.

En publiant début 2013 un communiqué pour annoncer que les dossiers allaient être attribués à un agent par tranches successives, le CIC (Citoyenneté et Immigration Canada) a évidemment fait des heureux.  “Jusqu’à présent, les dossiers étaient dans des cartons et personne ne s’en occupait. C’est déjà une bonne chose que quelqu’un s’occupe de nous. Je ne pense pas, cependant, que tout le monde ait des réponses dans des temps-record. Traité ne veut pas dire finalisé“, selon Nadine Cambefort

A Ottawa, première étape d’une visite officielle au Canada qui doit le conduire également à Québec, le premier ministre a réaffirmé l’entente cordiale qui unit la France et le Canada et évoqué la perspective d’un accord de coopération économique et commerciale globale entre l’Union Européenne et le Canada. Avant d’avoir ces quelques mots pour les Oubliés de Buffalo : “Nos compatriotes qui ont été préoccupés ces derniers mois par le transfert de leur dossier de plusieurs consulats canadiens, dont celui de Buffalo, à l’Administration centrale canadienne. Notre ambassadeur, et je l’en remercie, s’est mobilisé et a obtenu confirmation du ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration que ces dossiers étaient à nouveau dûment traités, il n’y a donc plus lieu de parler des Oubliés de Buffalo. Oui, mes chers compatriotes, c’est comme ça qu’on les appelait“.

Rencontre annulée

Alors qu’une rencontre devait avoir lieu à Québec entre Jean-Marc Ayrault et les « Oubliés », elle a été annulée au dernier moment par le cabinet du Premier ministre, selon Laïla Chatellier. Son discours est vécu comme un nouveau coup de massue : “Il a foutu tout notre travail en l’air. Il n’a pas le droit de s’exprimer au nom des Oubliés, ce n’est pas lui qui reçoit quotidiennement des lettres de désespoir depuis maintenant plusieurs mois. Personne n’a le droit de se mettre à notre placeOn ne demande pas d’argent, juste un peu de reconnaissance“.

Sur leur compte Facebook, jeudi matin, les Oubliés de Buffalo ont encore haussé le ton : “Nous restons choqué par les propos du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Être un Oublié de Buffalo n’est en soit ni un titre et une nationalité. Nous demeurons des êtres humains avant tout ! Etre considéré de la sorte par un haut représentant politique français est une honte qui ne pourra jamais s’effacer! Au nom de tous les Oubliés de Buffalo, la France vous doit des excuses”.